Logements insalubres : un scandale qui perdure

29 Août 2018

L’incendie meurtrier d’Aubervilliers du 19 août a remis en lumière le scandale des 500 000 logements insalubres dans lesquels vivent, faute de mieux, deux millions de personnes souffrant de l’entassement, de l’humidité, du manque d’eau, d’électricité ou de chauffage, à la merci d’un dysfonctionnement pouvant provoquer une catastrophe.

L’actuel secrétaire d’État au Logement, Julien Denormandie, n’est pas avare de paroles fortes, disant « considérer ces marchands de sommeil pour ce qu’ils sont, des criminels », mais sans rien faire de concret.

Certains maires se sont saisis de la possibilité que leur a donné depuis l’an dernier la loi Alur, adoptée sous le gouvernement Hollande, d’instaurer un permis de louer dans les zones à forte proportion d’habitat dégradé. En théorie cela devrait assurer que tous les logements mis sur le marché sont conformes à la réglementation, ce contre quoi les fédérations de propriétaires ont eu le toupet de protester. De leur côté, les maires n’ont pas forcément les moyens de vérifier la conformité de chaque logement ou de détecter les locations sans demande de permis et de toute façon pas ceux d’inspecter réellement ces locations.

En fait, depuis déjà 2002 et un décret d’application de la loi SRU définissant les critères d’un logement « décent », un locataire peut traîner en justice une agence immobilière ou un propriétaire peu regardant. Sans que cela ait mis fin à la location de logements insalubres.

Car, malgré ces quelques dispositions légales, ce sont les propriétaires qui ont la main sur le marché de la location : ils choisissent leurs locataires, leur imposent le montant des loyers et de présenter des garanties de revenu importantes, etc.

Ainsi beaucoup de familles populaires – et entre autres les immigrés à qui l’administration refuse des papiers – n’ont d’autre choix que de se retrouver à la merci de marchands de sommeil qui n’ont aucun scrupule à les entasser, au prix fort, dans des logements non seulement manquant des éléments de confort les plus élémentaires, mais aussi les exposant au danger d’incendie ou d’asphyxie en hiver pour cause de chauffage défectueux.

Tout cela est renforcé par le manque de logements décents à des loyers modérés. L’État, au service des riches, est bien incapable de régler cette question essentielle pour la vie des classes populaires.

Lucien DÉTROIT