Le pape et ses pédophiles : la croix et la manière

29 Août 2018

Le pape est allé en Irlande rendre visite aux victimes de prêtres pédophiles. Certes, il a usé de mots pour faire repentance, mais il est resté muet sur le nouveau scandale pédophile qui ébranle l’Église américaine, alors qu’il est accusé d’avoir couvert des prêtres coupables. Et il n’a pas pour autant dénoncé le rôle de l’Église d’Irlande qui, avec la complicité de l’État, a enfermé et exploité des dizaines de milliers d’enfants pendant tout le 19e siècle et une partie du 20e.

Pendant deux siècles, l’Église d’Irlande a fait la chasse aux pauvres. Des petites filles pauvres, des mères célibataires, des prostituées, des femmes atteintes de handicap mental étaient enfermées dans des institutions religieuses. Et sous prétexte de les réhabiliter par le travail, elles étaient exploitées sans espoir d’être un jour libérées. C’est le cas notamment des blanchisseries Madeleine qui ont été dénoncées dans le film Magdalene Sisters en 2002.

Les jeunes garçons pauvres étaient également enfermés dans des écoles industrielles, prisons dans lesquelles on les exploitait tout aussi férocement.

Les enfants des mères célibataires étaient tout aussi maltraités comme l’a révélé en 2014 une historienne qui a démontré que les restes découverts dans une fosse commune étaient ceux de 796 bébés ou jeunes enfants morts entre 1925 et 1961 au sein du « Mother and baby home » Sainte-Marie de la ville de Tuam, dans le comté de Galway en Irlande. Ces enfants nés hors mariage n’avaient pas été baptisés et étaient donc jetés dans la fosse commune. Cela montre bien l’inhumanité de cette Église qui, loin de protéger les enfants, les exploitait et les condamnait à la misère.

Tous ces scandales expliquent en partie le résultat du référendum, organisé par le gouvernement irlandais en mai dernier, pour ou contre la légalisation de l’avortement : deux tiers des votants se sont exprimés pour. Malgré tout l’Église irlandaise continue de peser de tout son poids pour tenter de restreindre ce droit.

Et pour que la coupe soit pleine, dans son avion de retour, le pape y est allé de son couplet homophobe en assimilant l’homosexualité à une déviance ou à une maladie. Le même avait déjà osé comparer l’avortement au génocide des Juifs, déclarant en juin, au moment du vote sur l’avortement en Argentine : « Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui, nous faisons la même chose en gants blancs. »

Ainsi, le pape, un temps présenté comme progressiste par une presse complaisante, se montre pour ce qu’il est vraiment : un digne représentant de cette institution réactionnaire qu’est l’Église.

Aline URBAIN