Le PCF et la fin du Printemps de Prague

22 Août 2018

Le Parti communiste français, dont la direction avait applaudi en 1956 à l’écrasement des ouvriers hongrois par les tanks de Khrouchtchev, se saisit des événements d’août 1968 pour prendre ses distances vis-à-vis du Kremlin. Le 22 août, elle annonça que « le bureau politique du PCF (…) exprime sa surprise et sa réprobation à la suite de l’intervention militaire en Tchécoslovaquie ».

C’était une première. Mais, les mots ayant un sens, réprouver n’était pas condamner la bureaucratie russe qui, une fois encore, écrasait les aspirations de tout un peuple.

C’est ce que dénoncèrent sincèrement des compagnons de route du PCF, tel Jean Ferrat. Mais d’autres le firent avec d’autant plus de bruit qu’ils voulaient faire oublier tout leur passé stalinien. Ainsi Aragon, qui n’avait rejoint le PCF qu’une fois Staline au pouvoir, qui avait chanté le Guépéou, puis le nationalisme cocardier du PCF, et qui avait épousé tous ses zigzags et reniements. Ou Pierre Daix et autres intellectuels de son acabit qui, des décennies durant, avaient mis leur art à servir ce qu’ils savaient être les mensonges et trahisons du stalinisme, et qui voulaient maintenant s’acheter une respectabilité.

En se démarquant de l’invasion russe, la direction du PCF s’adressait au personnel politique de la bourgeoisie française. Elle lui disait qu’il ne fallait plus lui reprocher de s’aligner sur Moscou : elle voulait s’aligner sur les intérêts de sa bourgeoisie et les servir au gouvernement. Ce qu’elle fit avec Mitterrand treize ans plus tard.

P.L.