Grèce : l’austérité sans fin

22 Août 2018

Le 20 août, le troisième mémorandum, le plan d’austérité imposé à la Grèce par ses créanciers européens et le FMI, s’est officiellement terminé. « La Grèce va pouvoir (...) finir sa propre politique économique », a déclaré Pierre Moscovici, ex-ministre socialiste de l’Économie en France devenu commissaire européen à l’Économie.

Mensonge sur toute la ligne. La politique économique de la Grèce est déjà définie par le dernier plan : le pays doit dégager un excédent budgétaire primaire (avant paiement des intérêts de la dette) de 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) jusqu’en 2022 et de 2,2 % jusqu’en 2060. Le gouvernement sera sous surveillance renforcée : une fois par trimestre, les émissaires de ses créanciers viendront vérifier l’application des moyens mis en œuvre pour continuer à tordre le cou à la population.

Huit ans de plans « d’aide » ont laminé les ressources des travailleurs. Le PIB a diminué d’un quart. Près d’un demi-million de Grecs ont quitté le pays. Le chômage atteint près de 20 %, et le double pour les moins de 25 ans, selon les statistiques officielles. Moins de 10 % des chômeurs sont indemnisés, à 360 euros pendant un an.

Officiellement, le salaire minimum brut, inférieur à ce qu’il était en 2007, se monte à 580 euros, soit 500 euros net environ, et 100 euros de moins pour les moins de 25 ans. Mais la plupart des emplois sont à temps partiel, avec un salaire oscillant entre 300 et 400 euros. Quant aux pensions de retraite, elles ont baissé de moitié, alors qu’elles constituent souvent la part essentiel du revenu d’une famille dont les plus jeunes sont chômeurs.

En réalité, les patrons ont tout loisir de faire ce qu’ils veulent : salaires non payés pendant des mois, travail au noir, emplois précaires, en particulier dans les domaines liés au tourisme et à la restauration. La semaine normale de travail est de six jours sur sept, voire sept sur sept. Vétusté des installations et rapacité patronale se combinent pour rendre les conditions de travail de plus en plus dangereuses : selon l’Inspection du travail, les accidents du travail, du moins ceux qui sont déclarés, ont augmenté de 10 % par an depuis 2013.

Les services publics se sont considérablement dégradés : après les fermetures d’établissements scolaires de la maternelle au lycée, c’est le tour des universités, pour le plus grand profit des écoles privées, déjà florissantes. Les hôpitaux, eux, manquent de tout, personnel et matériel. En 2016, l’hôpital anticancéreux d’Athènes, Agios Savvas, dénonçait déjà le manque de médecins et de personnel en général : il fallait attendre six mois pour une séance de radiothérapie. Aujourd’hui, les médecins réclament une centaine d’internes en plus. L’état sanitaire des plus pauvres est très préoccupant et les statistiques d’Eurostat révèlent une diminution de l’espérance de vie en bonne santé de la population.

Sans vergogne, les créanciers ont salué « les efforts et les sacrifices des Grecs ». En écho, le Premier ministre Tsipras a parlé d’un « jour historique (...) celui de la fin des politiques d’austérité et de la récession ». Les premiers s’apprêtent à exiger la baisse de 10 à 15 % des retraites à partir de 2019. Le second, avec son gouvernement, s’apprête à la faire appliquer, tout en promettant des jours meilleurs, servant ainsi les intérêts de la finance qui pourra continuer à étrangler la population grecque.

Sylvie MARÉCHAL