Air France : le salaire du patron s’envole

22 Août 2018

Les chiffres se sont envolés en ce qui concerne la rémunération du nouveau directeur général d’Air France. En mai dernier, son prédécesseur, Janaillac, déjà rétribué à 1,2 million d’euros par an, avait mis sa démission dans la balance si le personnel, qui demandait 6 % d’augmentation de salaire, rejetait son plan. Le succès du vote “non” l’avait alors envoyé sur les roses de ses luxueuses propriétés.

Depuis, la direction d’Air France n’a cessé de répéter qu’il fallait augmenter le salaire du directeur général, qu’il faudrait au moins 2,5 millions d’euros annuels pour trouver un directeur général digne de ce nom. Les PDG de toutes les grandes compagnies aériennes émargeant à 4 à 8 millions d’euros par an, 2,5 millions d’euros c’était en quelque sorte le smic des grands patrons. En somme, pour mettre en place des plans d’économies qui font les poches des salariés, il faut que les hauts patrons aient, eux, les poches remplies et bien remplies.

Alors qu’ils prétendaient, pendant les grèves du printemps dernier, que satisfaire nos revendications allait coûter 240 millions d’euros et couler la compagnie, le comité de nomination et les actionnaires d’Air France n’ont pas hésité à sortir près de 3 millions d’euros annuels d’augmentation pour le nouveau patron. Ben Smith, ex-numéro deux d’Air Canada, désormais directeur général d’Air France, gagnera donc 900 000 euros de fixe, plus 2 millions d’euros de part variable, plus 2 millions d’euros d’actions sur trois ans, s’il réalise les objectifs des actionnaires. Il pourrait donc gagner annuellement 4,25 millions d’euros les meilleures années – plus d’un siècle et demi de salaire d’un ouvrier qualifié ou technicien d’Air France.

L’intersyndicale d’Air France, tous syndicats unis, de la CGT à Sud en passant par FO ou le SNPNC (syndicat de pilotes), a sorti un communiqué de presse pour s’offusquer que le dirigeant d’Air France soit un étranger. Comme si c’était cela le problème ! Toutes les attaques subies par les salariés d’Air France, près de 10 000 suppressions d’emplois, le blocage des salaires, l’accroissement de la charge de travail, le vol d’une partie de nos congés sous forme de réduction des RTT, le rabotage de toutes les formes de progression salariale, de l’ancienneté, des primes, ont été l’œuvre de patrons bien français ! Tous les dirigeants précédents, de Juniac ou Janaillac, ont poursuivi les mêmes objectifs contre les travailleurs.

Ce qui se dit un peu partout, dans les ateliers, dans les hangars d’entretien des avions, et aussi dans les escales, tout comme chez le personnel navigant commercial (hôtesses et stewards), c’est que, si 3 millions d’euros ont été déboursés sans souci pour le nouveau patron, il n’y a aucune raison que nos salaires n’augmentent pas eux aussi.

Correspondant LO