Ryanair : low cost social et patron de haut vol

15 Août 2018

Après le succès de la grève des hôtesses et stewards (PNC) de Ryanair fin juillet, celle de leurs collègues pilotes, le 9 août, a dépassé les pires pronostics de la direction de cette compagnie low cost et son patron de combat, Michael O’Leary.

Il lui a fallu annuler 400 vols : une catastrophe, au plus fort de la saison touristique. Et d’abord en termes d’image commerciale, pour une compagnie qui a réussi à se tailler une place au soleil en quelques années, en attirant une clientèle qui n’avait pas les moyens de voyager sur des compagnies traditionnelles, plus chères.

Un progrès ? Mais à quel coût ! Car si Ryanair se targue de mettre le ciel à portée de toutes les bourses, ou presque, et si de nombreuses personnes ont ainsi pu découvrir d’autres pays, il n’y a pas que les prix qui y sont serrés. Il y a l’espace pour les jambes, réduit pour mettre plus de rangées de sièges par cabine, donc vendre plus de places. Ou les valises, qu’il vaut d’ailleurs mieux ne pas emporter sous peine d’un gros surcoût, les repas et boissons à bord dont il faut se passer (ou payer en sus).

Jamais à court d’idées, Ryanair ou ses concurrents du transport aérien à bas prix ont pu vouloir faire voyager debout (ce qui est interdit pour des raisons de sécurité), rendre payant l’accès aux toilettes à bord, après avoir même voulu les supprimer sur les court-courriers.

C’est en matière de conditions de travail et de rémunération qu’O’Leary fait le plus dans le low cost. À son profit, bien sûr. Par exemple, ses PNC, hôtesses et stewards, doivent payer leur uniforme ; être disponibles en permanence ; loger près de leur base (ce peut-être dans les bungalows d’un camping, comme près de Marignane) ; effectuer des rotations de vols épuisantes, car plus nombreuses que dans les compagnies dites normales ; sans avoir nulle part où se reposer décemment à bord, même sur de longs vols ; avec des temps d’immobilisation minutés entre deux vols, sans pouvoir souffler ; avec l’obligation de tenir des objectifs de vente de boissons, de repas, de produits hors taxe aux passagers, sans quoi les salaires n’atteindraient pas le smic. Sans oublier ce que veulent faire disparaître les grévistes : le fait d’être soumis à des contrats de travail de droit irlandais, parmi les plus défavorables aux salariés en Europe, et cela quel que soit le lieu où l’on réside et travaille.

Cela, les médias l’ont évoqué lors de ces deux grèves, en le présentant comme spécifique à Ryanair ou à son patron « qui en fait un peu trop ». Mais, s’il est un franc-tireur patronal qui s’autorise tous les coups, il est aussi un poisson-pilote pour ses pairs. En tout cas, ses recettes font aussi des envieux dans la profession.

Il n’y a pas si longtemps, une vidéo circulait qui montrait le PDG d’Air France pérorant devant ses pairs sur le travail des enfants. Et, très concrètement, la direction d’Air France agite ainsi depuis des années le spectre des low cost pour imposer des reculs à ses salariés, par exemple au personnel de cabine, qu’Air France cherche à réduire au minimum, auquel elle veut imposer plus de rotations, moins de temps de repos, ou des salaires amputés dans ses filiales Joon et Transavia.

Les grandes compagnies visent aussi (dans tous les sens du terme) les passagers les moins fortunés, qu’elles disputent aux Ryanair et autres en tirant leurs prix vers le bas, avec des vols sans bagage ou avec un supplément qui frise parfois la moitié du coût du billet, sans boissons, etc.

D’ici à ce que O’Leary les attaque pour contrefaçon, il n’y a pas loin. En attendant, ce monsieur refuse les indemnités que Ryanair doit, outre le remboursement de leur billet, aux 55 000 passagers qu’il a laissés sur le tarmac le 9 août.

Exploiter les salariés, gruger les passagers consommateurs, jouer avec les lois sociales : à Ryanair ou ailleurs, les capitalistes savent y faire pour assurer leurs profits.

Pierre LAFFITTE