Pesticides : ça reste en plan

15 Août 2018

Malgré la mise en œuvre, à partir de 2009, des plans aux noms évocateurs Ecophyto I et II, la consommation de produits phytosanitaires a continué à augmenter en France. Entre 2014 et 2016, le nombre moyen de traitements par hectare a progressé de 12 %, après avoir enregistré une hausse de 9 % l’année précédente.

Ecophyto I avait pour ambition de réduire de 50 % l’usage de ces produits d’ici à 2018. Après l’échec de ce premier plan lancé par Sarkozy, le gouvernement Hollande, en octobre 2015, avait établi le plan Ecophyto II qui repoussait l’objectif à 2025. Cette année, un nouveau plan Ecophyto II+ a été lancé, cette fois par le gouvernement Macron.

L’usage des pesticides a continué à progresser, malgré l’amoncellement de preuves sur les conséquences néfastes de leur usage sur la nature, l’eau, de nombreuses espèces animales et bien sûr la santé humaine. Et ces méfaits ne sont pas dus uniquement à l’un des plus nocifs et des plus connus de ces produits, le Roundup de Monsanto, contenant du glyphosate. Bien sûr, des produits ayant pour objectif de détruire des insectes et des mauvaises herbes ne peuvent être sans danger.

Il est sûrement difficile pour les agriculteurs de revoir leur façon de produire, de prendre le risque de voir leur revenu baisser, d’autant que certains sont devenus des capitalistes intégrés aux grandes sociétés.

Cependant, un des obstacles majeurs est le contrôle de l’agriculture par trois sociétés, Bayer qui vient de racheter Monsanto, Chemchino, une société chinoise, et Corteva, issu de la fusion de deux sociétés américaines, Dow Chemical et DuPont, qui se partagent quasi exclusivement le marché des pesticides et herbicides ainsi que des semences. Certains agriculteurs dépendent entièrement d’eux car ils utilisent, en plus de leurs produits, une technologie qui permet de connaître en temps réel l’état du sol et donc de recevoir des indications sur ce qui est nécessaire aux cultures pour maximiser la production.

Ces technologies de pointe et les recherches sur des molécules nouvelles ou des techniques moins gourmandes en produits phytosanitaires devraient permettre de mieux prendre en compte l’expérience acquise des agriculteurs. Elles pourraient permettre de planifier la production et de faire des choix les plus raisonnés possible pour tenir compte à la fois de préoccupations écologiques et des nécessités de production. Dans les faits, elles sont utilisées par des groupes capitalistes uniquement pour maximiser leurs profits.

La société est otage des choix à court terme et visant uniquement le profit de ces groupes. Les tentatives gouvernementales successives montrent combien elles sont dérisoires face à ces géants et face à la réalité d’un système basé sur le profit.

Inès Rabah