Monsanto : l’empoisonneur a les moyens... de ne pas payer

15 Août 2018

Vendredi 10 août, la société Monsanto a été condamnée à verser 248 millions d’euros à un jardinier américain en phase terminale d’un cancer.

Dewayne Lee Johnson a été diagnostiqué en 2014 victime d’un cancer du système lymphatique, après avoir vaporisé du Roundup sur les terrains d’une ville de Californie entre 2012 et 2014. Il s’agit d’un herbicide à base de glyphosate, substance classée cancérogène probable pour l’homme depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé.

La révélation au printemps dernier de documents internes à Monsanto a joué un rôle important dans sa condamnation. On y apprend que, dès le début des années 1980, l’entreprise avait de sérieux doutes sur son produit. Et, à la fin des années 1990, elle a commandé une étude qui, contre ses attentes, montrait que le glyphosate est un mutagène, capable de produire des aberrations chromosomiques. Ses conclusions furent alors maintenues secrètes et les études complémentaires suggérées ne seront jamais conduites. Au même moment, le glyphosate devenait le pesticide le plus utilisé dans le monde.

Suite au jugement californien, Monsanto a annoncé faire appel et déclaré que ce produit « continue à être un outil essentiel, efficace et sans danger pour les agriculteurs et autres usagers ». La société agrochimique compte bien faire traîner en longueur le procès. Bayer, la multinationale allemande qui a racheté Monsanto en juin pour la somme de 63 milliards de dollars, a les moyens de payer des armées d’avocats, de demander des études à des cohortes d’experts, de faire manœuvrer des nuées de lobbyistes pour éviter de payer ce qu’elle doit à Dewayne Johnson et aux quelque 4 000 autres personnes qui ont engagé des poursuites du même type.

Léna PIGALLI