Polices légales ou occultes : au service de l’ordre bourgeois

08 Août 2018

Avec la trêve estivale, on en a fini avec le feuilleton Benalla. Au moins pour un temps. Car il n’est pas exclu que ses principaux protagonistes, en particulier ceux qui se disent de gauche, remettent le couvert à la rentrée afin de justifier leur brevet d’opposants opiniâtres et virulents.

Aussi dérisoire et ennuyeux qu’ait été cet épisode, les politiciens dits de gauche, tel Jean-Luc Mélenchon, ont réussi à amuser – mieux vaudrait dire abuser – la galerie et le bon le peuple. C’est le cas en particulier, avec cette fable visant à faire comme s’il y avait d’un côté une police légale, douée des plus nobles vertus, républicaine bien évidemment, voire transparente et rendant des comptes sur ses activités, et de l’autre des polices parallèles, occultes, au service d’un pouvoir qui s’en servirait pour des basses œuvres inavouables.

Cette façon de voir les choses relève peut-être pour certains d’une naïveté formaliste, mais pour les politiciens qui ont fait leurs choux gras de l’affaire Benalla, il s’agit ni plus ni moins d’une manipulation politique délibérée. Car tous les gouvernements sans exception, quelles que soient les étiquettes dont ils se parent, disposent de services de police qu’on peut qualifier de services parallèles. Souvent très officiels, ils agissent au côté des corps de police visibles, en uniforme et avec brassard, mais le font secrètement, à l’abri du regard de la population. Parfois, c’est même à l’insu du pouvoir dont ils dépendent.

Tous appartiennent à cette même force de l’ordre...bourgeois. La plupart du temps, de tels services ont même une existence institutionnelle, protégée par le secret : on apprend l’existence de ces services secrets ou spéciaux et leurs méfaits par hasard, après coup. On parle alors de bavures, d’ailleurs vite oubliées et effacées.

De telles péripéties se sont produites, pour ne prendre que les plus marquantes, aussi bien sous de Gaulle, avec l’affaire Ben Barka, que sous Mitterrand, avec l’affaire du Rainbow Warrior. Hollande lui-même, racontait aux journalistes qui ont rendu publics ses propos dans le livre intitulé « Un président ne devrait pas dire ça » qu’il avait fait intervenir les services spéciaux afin d’éliminer des djihadistes, sans autre forme de procès. Plus généralement, les régimes changent, et parfois brutalement, sans que les corps de police soient vraiment remaniés. L’histoire en a fourni de tragiques exemples.

Ceux qui, parmi les politiciens, font semblant de s’indigner de l’existence d’un baroudeur, homme de main au service de Macron, essayent d’escamoter cette réalité qu’il est utile de rappeler.

Jean-Pierre VIAL