Motions de censure : comédie parlementaire

08 Août 2018

Après des jours à l’ouverture des journaux et des heures en direct sur les chaînes d’information en continu, l’affaire Benalla-Macron s’est achevée en feu d’artifice, coloré et inoffensif, avec le rejet de deux motions de censure à l’Assemblée nationale.

Les oppositions parlementaires avaient en effet trouvé là de quoi s’opposer en déposant chacune leur texte de censure, imposant ainsi au Premier ministre de venir répondre et à l’Assemblée de se prononcer. En théorie, une motion de censure adoptée entraîne la démission du gouvernement et l’obligation pour le Président d’en nommer un autre. En pratique la majorité parlementaire, macroniste en l’occurrence, défend son gouvernement et aucune motion de censure n’aboutit.

À gauche, la réunion PCF-LFI-PS a ressuscité le temps d’une journée une union de la gauche, qui a élaboré un texte commun. À droite, les héritiers de Chirac et Sarkozy ont aussi réussi pour l’occasion à se mettre d’accord contre Macron. Les orateurs se sont succédé, brodant sur un thème unique, la République, sa pureté, sa morale, sa vertu. Et tous de dénoncer, avec Mélenchon « les turpitudes » de l’Élysée, avec l’orateur du PCF la « soumission » des députés, avec celui de la droite d’autres péchés encore plus mortels.

Naturellement le Premier ministre a répondu sur le même ton, assaisonnant lui aussi la République à toutes les sauces. Puis, ayant épuisé leur salive et leurs références, les élus du peuple ont voté. Les macronistes ont rejeté sans coup férir les deux motions de censure. Les mélenchonistes et les députés PCF se sont payé le luxe de voter, en plus de la leur, celle de la droite car, disent-ils, lorsqu’on défend la République il ne faut pas être sectaire. Les lepenistes, plus républicains que les autres sans doute, ont voté pour les deux. Et tout ce petit monde est parti en vacances, sans que rien, absolument rien ne soit changé à quoi que ce soit et surtout pas à la politique antiouvrière du gouvernement.

Il n’était d’ailleurs pas question de censurer le gouvernement sur cette question mais uniquement, comme le précisait le texte de la motion commune de la gauche, parce que « la confiance que le peuple doit accorder au gouvernement et à ses institutions est compromise ».

Eh bien, on peut laisser ce genre de confiance à ce genre de politiciens et, au contraire, propager parmi les travailleurs une saine et radicale défiance à l’égard de la classe dominante, de ses institutions et de tous ses gouvernements.

Paul GALOIS