Méditerranée : l’Aquarius poursuit sa mission

08 Août 2018

Au mois de juin, l’Aquarius, navire armé par SOS-Méditerranée et Médecins sans frontières, avait encore une fois recueilli plusieurs centaines de migrants en détresse au large des côtes libyennes. Les autorités italiennes ayant refusé l’accès des ports à l’Aquarius et le gouvernement français ayant détourné le regard, les migrants avaient été débarqués en Espagne après six jours de mer dans de difficiles conditions.

Cet épisode était l’annonce d’un durcissement des gouvernements européens, à commencer par l’Italie, face aux migrants : ceux-ci n’ont désormais plus le choix qu’entre la noyade, la remise aux gardes-côtes libyens ou même le débarquement en Libye. Les responsables européens, Macron en tête, savent bien ce que les migrants peuvent ainsi redouter aux mains des trafiquants de toute sorte, mais peu leur importe.

L’équipage de l’Aquarius refuse, lui, de ramener les rescapés en Libye, arguant à juste titre du droit maritime international qui stipule qu’un naufragé doit être débarqué dans un « port sûr ». Il faut vraiment être un juriste sans âme ou un politicien sans scrupule pour dire qu’un des ports libyens est « sûr » pour un migrant démuni qui cherchait justement à quitter ce pays.

L’équipage de l’Aquarius a donc prévu qu’il pourrait avoir à son bord des centaines de migrants pendant des jours entiers, le temps de trouver un port et de faire la route. Le bateau s’est équipé en conséquence en sanitaires, couchages, réserves de vivres… et chambres frigorifiques pour les cadavres. Il pourra ainsi continuer sa mission. Mais combien de malheureux supplémentaires ne pourront être sauvés ? Combien d’autres périront du fait des embûches mises par les politiciens européens pour satisfaire leurs ambitions ou leurs craintes ?

Et, au-delà, que dire d’une société qui, non contente de jeter des millions d’hommes sur les routes de l’exil, empêche qu’on leur tende simplement la main ?

Paul GALOIS