Avenir professionnel : marche arrière, toute !

08 Août 2018

Le 1er août, la loi sur l’avenir professionnel a été adoptée à l’Assemblée. Le gouvernement et la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, l’ont présentée comme « la deuxième étape de la rénovation du modèle social français ».

Quand on sait que la première étape a été celle de la loi travail et de la destruction des droits des salariés, on pouvait s’attendre au mieux à de la poudre aux yeux, au pire à des cadeaux supplémentaires au patronat : on a effectivement les deux.

L’allocation chômage sera étendue aux salariés démissionnaires. Mais en fait cette indemnisation se fera sous condition d’avoir un projet de reconversion. Ou bien, plus absurde encore en cette période de crise, il faudra avoir un projet de création ou de reprise d’entreprise. Cette mesure ne concernerait que 20 000 à 30 000 bénéficiaires, de l’aveu même du gouvernement. On est loin de la promesse d’une indemnisation généralisée que faisait miroiter Macron avant les élections.

L’apprentissage va être libéralisé, laissant les mains libres à n’importe quelle officine patronale prétendant former, sans autorisation administrative, des jeunes jusqu’à trente ans. En échange de leurs efforts de formation, les patrons bénéficieront de toutes les facilités pour renvoyer un apprenti. Le gouvernement les autorise aussi à assouplir le temps de travail pour les mineurs : les patrons pourront leur imposer des semaines de 40 heures et huit à dix heures de travail par jour pour certaines activités.

Quant à la formation continue, elle ne fera plus l’objet d’un crédit d’heures mais d’un crédit en euros : 500 euros par an, 800 euros pour les travailleurs non qualifiés, dans la limite de 5 000 à 8 000 euros au bout de dix ans, une somme bien insuffisante pour couvrir une formation qualifiante.

Voilà, entre autres mesures, ce que le gouvernement propose pour remédier au manque de qualification qui empêcherait un travailleur de trouver un emploi digne de ce nom. La réalité dément évidemment ce schéma simpliste puisque de nombreux jeunes ou moins jeunes, même avec un bagage technique, ne trouvent rien ou bien un travail sous-qualifié, précaire et mal payé.

C’est la propagande habituelle du gouvernement qui veut faire croire qu’avec un peu de bonne volonté chacun peut construire son avenir indépendamment de la situation économique et que, finalement, ceux qui ne trouvent pas d’emploi mériteraient leur sort. Il s’apprête d’ailleurs à réformer, c’est-à-dire à attaquer, l’indemnisation du chômage.

Pénicaud présente sa loi comme un texte « d’émancipation sociale ». En fait, il émancipe les patrons qui, de réforme en réforme, ont les mains de plus en plus libres pour imposer leurs volontés.

Sylvie MARÉCHAL