Guerre économique : poker menteur et concurrence générale

01 Août 2018

Mercredi 25 juillet le président des États-Unis, Donald Trump, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ont annoncé être parvenus à un accord désamorçant les tensions dues à l’introduction, ces dernières semaines, de taxes douanières réciproques.

La guerre des taxes a commencé lorsque Trump a imposé des taxes sur l’acier et l’aluminium à un grand nombre de pays, notamment l’Europe et la Chine. Ceux-ci ont répondu en imposant en retour des taxes sur de nombreux produits exportés par les États-Unis.

L’accord entre Trump et Juncker est censé mettre fin à la guerre entre l’Europe et les États-Unis. Mais il n’a pas fallu longtemps pour que les uns et les autres ne lui donnent pas le même contenu. Trump affirme que l’Europe a accepté l’importation massive de soja et de produits agricoles venant des États-Unis, alors que la Commission européenne dit qu’il n’en est rien.

Confronté à la grogne des producteurs américains qui ne peuvent plus vendre leur soja à la Chine, Trump veut leur donner des gages. Si les éleveurs européens et notamment français sont prêts à acheter du soja américain, actuellement moins cher que le soja brésilien sur lequel la Chine s’est rabattue, ils ne veulent pas se lier les mains. De leur côté, les dirigeants allemands sont surtout préoccupés de continuer à exporter sans entrave des automobiles aux États-Unis.

Cet épisode de la guerre commerciale montre une nouvelle fois que tous les pays de l’UE ne parlent pas de la même voix et que, dans cet espace de libre-échange, les pays ont des intérêts contradictoires. De plus, à l’intérieur de chaque pays, les grands groupes ont des intérêts différents.

Aux États-Unis comme en Europe, tous savent pourtant que la situation la plus favorable au commerce serait une absence de taxes douanières, mais chacun veille à ses propres intérêts, prêt à entraver le développement des autres s’il se fait à son détriment. D’où la tentation du protectionnisme, qui se renforce en ce moment.

Parce que l’économie capitaliste est en crise dans un marché global limité, les tensions économiques s’exacerbent entre les groupes industriels et entre les pays. Pour le moment, le poker menteur fait de déclarations, de taxes réduites à certains domaines, se mélange aux menaces de représailles. Mais le risque est réel d’aboutir à une explosion des droits de douane provoquant un recul considérable du commerce mondial qui aggraverait considérablement la crise et exacerberait les tensions politiques.

Félix TALON