Le Drian en Libye : au service de l’impérialisme français

25 Juillet 2018

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est rendu en Libye le 23 juillet.

Depuis des mois, le gouvernement français tente d’y réconcilier le pouvoir dit Gouvernement d’union nationale (GNA) représenté par Fayez el-Sarraj et reconnu par les puissances impérialistes, basé à Tripoli dans l’ouest, et celui basé dans l’est que dirige le maréchal Haftar, qui s’appuie sur l’Armée nationale libyenne (ANL), en fait une milice de 5 000 hommes, et sur les revenus qu’il tire des puits de pétrole sous son contrôle.

Le 29 mai dernier à Paris, les deux rivaux avaient signé un accord pour l’organisation d’élections nationales législatives et présidentielle dans ce pays devenu un champ d’affrontements entre milices. Un chaos dont l’impérialisme français est en grande partie responsable.

En 2011 en effet, Paris, Londres et Washington s’étaient lancés dans une intervention militaire, à l’initiative de la France, pour chasser Mouammar Kadhafi qui devenait trop indépendant à leurs yeux. Mais, la Libye n’étant centralisée et unifiée que sous la dictature de Kadhafi, l’intervention militaire de 2011 eut pour résultat un effondrement du pouvoir central, avec un éclatement du pays entre différentes milices rivales, sur fond de catastrophe économique.

Les puissances impérialistes essaient depuis de trouver une solution pour rétablir un semblant d’ordre, sans y parvenir. Il n’est pas dit que les élections, qu’ils disent souhaiter, pourront avoir lieu, ni qu’un gouvernement de coalition puisse unifier de nouveau la Libye. Ni Sarraj à Tripoli ni Haftar à Benghazi ne contrôlent même vraiment leur propre zone. Le Drian en est conscient, d’où le détour qu’il a fait par la ville côtière de Misrata, où résident de puissantes milices qui, jusque-là, n’ont pas été associées à l’accord de Paris.

Le contrôle des richesses pétrolières par les différentes factions rallume constamment les conflits entre elles. Ainsi, le 25 juin, Haftar annonçait avoir récupéré le contrôle du Croissant pétrolier, principale plate-forme d’exportation du brut par où transitent 60 % du pétrole libyen, ce qui ne peut que renforcer son pouvoir face à son rival Sarraj, voire lui donner de quoi négocier une bonne place dans le futur pouvoir de coalition... s’il voit le jour.

Si l’impérialisme français tient tellement à ce qu’un pouvoir puisse émerger du chaos, ce n’est certes pas par souci de la population, dont la vie est devenue encore un peu plus un enfer. Les discours sur la nécessité d’établir la démocratie ne sont tenus là que pour la galerie. Comme lorsque Sarkozy chouchoutait le dictateur Kadhafi, l’impérialisme cherche à disposer d’un interlocuteur fiable au pouvoir, pour continuer à piller les richesses pétrolières du pays.

Aline RETESSE