Faux CDI : précarité maximum

25 Juillet 2018

Un accord de branche signé le 29 juin entre le patronat de la métallurgie et les organisations syndicales, à l’exception de la CGT, étend à ce secteur la possibilité d’embaucher des travailleurs sous contrat de chantier, ce qui était jusque-là réservé au bâtiment et aux travaux publics.

La possibilité d’utiliser cette nouvelle forme de précarité avait été ouverte par la loi Macron dans sa réforme du Code du travail, et les patrons de la métallurgie n’ont pas mis longtemps à s’y engouffrer.

Le contrat de chantier est formellement un CDI prenant fin une fois le chantier terminé. Autant dire qu’il s’agit d’un CDD puisque la rupture du contrat est prévue d’avance. Il est largement utilisé par des groupes comme Vinci, Bouygues ou Eiffage pour se débarrasser d’une partie de leur personnel une fois achevée une ligne de métro ou la construction d’un stade. Mais le patronat d’autres secteurs, comme la construction navale, en use aussi pour embaucher par exemple des électriciens. Les patrons de l’automobile et du reste de la métallurgie pourront maintenant l’accommoder à leur sauce.

Ce nouvel instrument s’ajoutera à leur panoplie d’emplois précaires. Dans certaines usines de construction automobile, le taux d’intérim atteint plus de 80 % sur les chaînes de montage. Sur l’ensemble d’un site comme Renault Flins, il y a deux fois plus d’intérimaires que d’embauchés en CDI parmi les ouvriers, des intérimaires qui ne sont jamais embauchés.

Le gouvernement s’applique aussi à généraliser un autre type de contrat précaire ne disant pas son nom : le CDI intérimaire. Il permet de mener des missions d’intérim dans le cadre d’un contrat en CDI signé avec l’agence d’intérim, mais maintient les intérimaires concernés dans une totale précarité. Ils n’ont pas d’indemnité de fin de mission, et doivent se tenir à la disposition de l’agence d’intérim avec l’obligation d’accepter des missions même moins rémunérées ou loin du domicile. Ces contrats ne représentent pour l’instant qu’une faible proportion des contrats d’intérim, 25 000 sur 700 000, mais leur nombre ne cesse d’augmenter. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, l’a fait rajouter à son projet de loi Avenir professionnel, le syndicat Force Ouvrière ayant contesté avec succès auprès de la Cour de cassation l’instauration de ce type de contrat, en argumentant qu’il n’avait pas été établi en juillet 2013 par une loi, mais par un simple accord d’entreprise, étendu par le ministère du Travail.

Le patronat généralise la précarité sur le terrain et le gouvernement fait voter loi après loi pour l’y aider. Une fraction de plus en plus importante de la population n’a aucune garantie d’avoir un salaire le mois suivant, et ne sait pas de quoi demain sera fait. Pour la classe ouvrière, il est urgent d’arrêter cette régression qui la ramène vers l’emploi au jour le jour des siècles précédents.

Daniel MESCLA