Dieselgate : menteurs, empoisonneurs, milliardaires

25 Juillet 2018

Le 18 juillet, le quotidien Les Échos titrait à propos du trucage des moteurs diesel : « Bruxelles constate son impuissance face à Volkswagen. » Et d’expliquer que ni la Commission européenne ni les États européens n’avaient trouvé les moyens d’imposer au fabricant automobile de rembourser ou de dédommager ses clients.

Volkswagen a certes été condamné, et il y avait de quoi ! Ce constructeur s’était arrangé pour que ses véhicules passent les tests antipollution alors qu’ils émettaient 40 fois plus de gaz toxique que ce qu’indiquaient les mesures. Non seulement la firme a trompé ses clients et les États, mais elle a ainsi contribué a émettre dans l’atmosphère une énorme quantité de gaz polluant. Le fait que l’on ait rapidement découvert que les autres constructeurs se livraient au même genre de manœuvres n’a pas étouffé le scandale VW : le constructeur a rapidement été condamné à des milliards d’amendes et au remboursement de ses clients aux États-Unis. Il a payé rubis sur l’ongle 20 milliards de dollars, car c’était le prix pour rester sur ce marché.

En Europe, particulièrement en Allemagne, siège et principal marché de VW, les choses sont allées différemment. Certes la direction du groupe a changé et quelques-uns de ses membres seront jugés. Le PDG d’Audi, marque du groupe VW, a même été incarcéré.

Ce n’est là que la surface des choses. Aucun État, et la Commission européenne pas plus qu’une autre autorité, n’a exigé de contrôler quoi ce soit des procédés, des finances ou des mensonges de VW. La commission a simplement demandé que les clients trompés soient remboursés. Elle ne l’a pas obtenu et, de son propre aveu, elle n’a pas les moyens de l’obtenir.

Un groupe comme VW, premier constructeur mondial, dispose d’une influence déterminante à Bruxelles et l’État allemand n’a rien à lui refuser. D’où la modération des condamnations, l’impuissance des tribunaux, la bienveillance de la presse et des gouvernements, les aveux des fonctionnaires de Bruxelles.

Quelques dirigeants auront passé un moment délicat, les directeurs financiers auront eu un surcroît de travail mais, et c’est là le plus important, les rentes de la famille Porsche-Piëch, les Peugeot allemands, n’auront pas été trop écornées : après une petite perte en 2015, le groupe a renoué avec les bénéfices en 2016, gagné plus de 11 milliards d’euros en 2017 et battu ses records au premier semestre de cette année.

Une vieille guimbarde qui perd de l’huile, c’est un crime contre l’écologie condamné par l’État. Onze millions de véhicules qui crachent des gaz toxiques, c’est le fleuron du capitalisme protégé par l’État.

Paul GALOIS