Mesures pour l’emploi : des handicapés inquiets

18 Juillet 2018

La ministre du Travail a signé le 12 juillet avec des organisations de handicapés un engagement pour doubler le nombre de ceux qui ont un emploi. Mais, au vu des mesures proposées, des doutes s’expriment.

Le chômage des handicapés en France est un scandale. Officiellement, il concernerait 500 000 d’entre eux, soit 19 %, le double de la moyenne générale. En réalité c’est pire : seulement un tiers des personnes handicapées entre 15 et 64 ans occupent un poste !

Les mesures envisagées concernent les 800 entreprises dites adaptées, des entreprises comme les autres mais dont la main-d’œuvre est à 80 % au moins handicapée. Elles emploient 35 000 personnes, payées au minimum au smic. Les aides annuelles à ces entreprises passeraient de 380 à 500 millions d’ici 2022, et selon la ministre il pourrait en résulter 40 000 emplois supplémentaires.

Mais certaines organisations de handicapés soulignent que, en créant pour ces entreprises un CDD tremplin de 24 mois et en leur permettant de jouer le rôle d’agences d’intérim, le gouvernement vise à envoyer le plus possible de handicapés vers les entreprises ordinaires. Cet objectif dit du tout-inclusif peut paraître séduisant, en faisant des travailleurs handicapés des salariés comme les autres. Mais c’est aussi une façon de se débarrasser des aides et des conditions de travail spécifiques dont bien des handicapés ont besoin.

Et qui dit que les patrons seront partants pour cette inclusion ? Beaucoup de grandes entreprises, y compris dans le secteur public, préfèrent aujourd’hui payer plutôt que d’embaucher le nombre de travailleurs handicapés prescrit par la loi.

Le gouvernement de Macron s’en est déjà pris aux handicapés, en s’arrangeant pour réduire leurs allocations et pour diminuer les aides et subventions à l’emploi qui les concernent. Dans l’Éducation nationale aussi, on a supprimé les structures spécifiques aux handicapés, sous le prétexte louable de les intégrer aux classes ordinaires, mais sans y mettre l’argent ni le personnel nécessaire. Et le résultat est souvent catastrophique.

Dans ces conditions, on comprend que même les annonces de la ministre qui se veulent positives suscitent la méfiance !

Vincent GELAS