Antiterrorisme : une nouvelle pincée de poudre aux yeux

18 Juillet 2018

Vendredi 13 juillet, le Premier ministre Édouard Philippe a présenté depuis le siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) un catalogue de mesures censées lutter contre le terrorisme. Huit sont restées secrètes, mais dire qu’elles existent entrait dans la mise en scène.

En octobre 2017, une loi antiterroriste a déjà été votée. Les dispositifs de l’état d’urgence sur les assignations à résidence et les perquisitions sont devenus la norme. Mais le gouvernement a jugé que ce n’était pas suffisant et a remis le couvert sur le terrain de la sécurité. Selon le Premier ministre, le terrorisme prend aujourd’hui « le visage de personnes, parfois de petits délinquants, ou de personnes psychologiquement fragiles, endoctrinées ou autoradicalisées, qui s’équipent d’un armement sommaire et décident parfois très rapidement de passer à l’acte ».

Le constat est une banalité, depuis les attentats pratiqués à l’aide de véhicules ou d’armes blanches. Mais Édouard Philippe voudrait laisser croire qu’en créant une unité de profilage chargée d’identifier les facteurs de passage à l’acte, en renforçant les moyens destinés à surveiller les sortants de prison soupçonnés de radicalisation islamiste, ou bien encore en créant un parquet spécialement dédié à la lutte contre le terrorisme, celui-ci serait moins menaçant. C’est d’abord une comédie jouée pour se présenter en champion de la sécurité et de la manière forte.

La Ligue des droits de l’homme a dénoncé la nouvelle panoplie antiterroriste en évoquant le risque de créer un « délit de la pensée ». Le gouvernement prévoit que les enquêtes administratives de sécurité, pour délivrer des habilitations secret défense ou des habilitations pour travailler dans les transports, seront facilitées et étendues. Ainsi, sous prétexte de donner des moyens supplémentaires à la police et à la justice pour lutter contre le terrorisme, ce sont bien les libertés publiques qui reculent.

Les attaques terroristes, qu’elles soient le fait de groupes organisés ou d’isolés au passage à l’acte imprévisible, sont d’abord l’écho sanglant des guerres et du chaos que les grandes puissances, dont l’impérialisme français, entretiennent depuis des décennies au Moyen-Orient ou en Afrique. Prétendre que l’on pourra s’en protéger par des mesures policières et de justice est une tromperie, car le terrorisme se nourrit de la barbarie dans laquelle le capitalisme pousse la société. Mais mentir, sur ce terrain comme sur le reste, c’est le métier d’un Premier ministre.

Boris SAVIN