Guerre commerciale : les effets catastrophiques de la crise du capitalisme

11 Juillet 2018

Il ne se passe pas de semaine, voire de jour, sans que la guerre commerciale enclenchée par le président des États-Unis, Donald Trump, prenne un nouvel élan et tende à se généraliser au niveau des plus grands États capitalistes de la planète. À tel point que des organismes économiques officiels se sont sentis obligés de tenter d’en mesurer l’impact. Mais il s’agit d’une mission impossible, tant les conséquences en cascade peuvent s’enclencher, dans un monde capitaliste en crise depuis des décennies, ayant accumulé les expédients et les mines à retardement qui risquent d’exploser à tout moment.

Certes, il y a à l’évidence un aspect politique à la guerre commerciale enclenchée par Trump, qui vise des résultats à très court terme : les échéances électorales de mi-mandat du mois de novembre prochain où, sous le slogan « America first » (l’Amérique d’abord), Trump espère rallier le maximum de voix avec ses discours nationalistes. Mais les mesures de l’administration américaine sont déjà effectives. À la taxation de 25 % des importations chinoises d’une valeur de 34 milliards de dollars, la Chine a répondu par des mesures similaires sur les produits américains. Et du coup Trump parle d’étendre la taxation à 450 milliards de produits chinois importés.

Cette guerre commerciale ne concerne pas que la Chine, mais aussi les voisins les plus directs des USA, le Canada et le Mexique, pourtant liés en théorie par un accord commercial interdisant de telles pratiques de droits de douane. Et elle touche l’Europe, à l’origine sur l’acier, mais risquant de s’étendre à l’industrie automobile et à bien d’autres secteurs.

En quelques semaines, cette guerre commerciale est devenue un des faits majeurs de l’économie mondiale. Le quotidien économique Les Échos titrait il y a quelques jours : « Les conséquences d’une guerre commerciale mondiale ». Divers organismes économiques officiels, en France et au niveau mondial, envisagent dans ces conditions la possibilité d’un recul important de la production mondiale. D’après eux, il serait comparable à celui consécutif à la crise de 2008-2009, où des dizaines de millions d’emplois avaient été supprimés en quelques mois dans tous les pays.

Un repli des économies derrière leurs frontières nationales serait catastrophique pour l’économie mondiale car aujourd’hui, comme jamais dans l’histoire du capitalisme, les économies sont totalement interdépendantes. C’est toute la production mondiale dans tous ses aspects qui voit les composants traverser, cinq, dix, vingt fois ou plus les frontières avant d’être mis sur le marché. L’interdépendance de toute l’économie mondiale est aujourd’hui sans commune mesure avec ce qui existait au moment de la grande crise de 1929, dont le monde ne s’est sorti que vingt-cinq ans plus tard, en passant par des dictatures et une guerre mondiale.

Les conséquences d’un repli national seraient aujourd’hui autrement plus catastrophiques, pour les capitalistes américains eux-mêmes. D’ailleurs le gouvernement chinois a fait savoir que, sur les 34 milliards de produits chinois soumis à taxation aux USA, environ 20 milliards sont fabriquées par des entreprises à capitaux étrangers, au premier rang desquelles se trouvent les grandes entreprises américaines, qui supporteraient donc l’essentiel des conséquences de ces taxations. En effet ce sont elles qui font appel en majorité à l’industrie chinoise pour qu’elle leur fournisse toute une partie des composants qui rentrent dans la fabrication de leur production.

Il faut ajouter que les décisions de Trump et des autres chefs d’État sont susceptibles de provoquer une crise financière, dans une économie transformée en casino par la masse des capitaux spéculatifs en circulation.

Aujourd’hui, avec l’aggravation de la crise, la course au profit devient plus âpre, marquée d’un côté par une guerre ouverte et féroce au monde du travail, partout, mais aussi par une concurrence exacerbée entre les différents capitalistes. L’État le plus puissant, les USA, entend faire valoir sur le dos des autres ses prérogatives et les profits de ses propres capitalistes. Au risque d’un effondrement général ? Oui, comme toujours. Si les capitalistes étaient « raisonnables » et mus par autre chose que la course au profit immédiat, le chacun-pour-soi et le après-moi-le-déluge, ils ne seraient pas des capitalistes. Il est urgent est de débarrasser le monde de ce système de fous.

Paul SOREL