Grande-Bretagne : Brexit et intérêts patronaux

11 Juillet 2018

Deux ans après le résultat du référendum sur le Brexit et suite à la décision de Theresa May de maintenir des liens étroits avec l’Union européenne, trois ministres du gouvernement britannique ont annoncé leur démission, dont Boris Johnson, politicien de droite réactionnaire et chaud partisan d’un Brexit dur.

Pour décrire ce que sont les intérêts des travailleurs dans ce contexte politique empoisonné de chauvinisme et dénoncer les manœuvres politiciennes et patronales contre la classe ouvrière, nous reproduisons des extraits de l’éditorial des bulletins d’entreprise de nos camarades britanniques de Workers’ Fight.

Les rats sont-ils en train de quitter le navire de Theresa May ? C’est ce qu’on peut se demander après la démission des trois ministres les plus farouchement en faveur d’un Brexit dur.

Mais quelles sont leurs raisons ? Ils n’auraient pas apprécié la « position commune » adoptée par le gouvernement le 6 juillet dernier sur un Brexit doux ? C’est difficile à croire, étant donné qu’il n’y a en réalité pas grande surprise dans cette position gouvernementale qui n’est que l’affirmation de la ligne toujours défendue par May. Plus vraisemblablement, leur posture en faveur d’un Brexit dur ne serait-elle pas surtout à visée électorale, sans avoir jamais été pour eux une réelle éventualité ? Et peut-être que, les choses devenant sérieuses, ils ont senti qu’il était grand temps de quitter le navire avant d’avoir à assumer l’inévitable discrédit qui frappera Theresa May, une fois les réelles conséquences du Brexit claires pour tous ?

Les pressions du grand patronat

(…) Depuis le référendum, les poids lourds financiers de la City ont laissé les politiciens jouer et prendre des postures. Mais désormais, c’est assez. À un an de la date limite du Brexit, ils veulent que leurs hommes de confiance au gouvernement redeviennent sérieux et prennent soin de leurs intérêts.

Ainsi, après une longue série d’interventions vigoureuses de représentants des grandes compagnies financières, ça a été au tour de ceux de l’industrie automobile. Les uns après les autres, tous les grands producteurs automobiles ont mis en garde May sur les conséquences qu’aurait un mauvais accord avec l’UE, menaçant implicitement ou explicitement de supprimer des milliers d’emplois. Après tout, 40 % des véhicules de tourisme produits en Grande-Bretagne sont exportés vers l’UE et les deux tiers des composants nécessaires à leur production sont importés de l’UE.

(…) Les grands groupes d’ingénierie et d’électronique, comme Airbus, Siemens, BAE, Rolls-Royce et Philips, se sont joints à ce mouvement avec des mises en garde similaires. D’autres, comme Tata Steel, ont constitué des alliances avec leurs rivaux du continent, menaçant là aussi de suppressions d’emplois supplémentaires.

Faire face à nos ennemis de classe

Pour la classe ouvrière, le dilemme du Brexit a toujours été une arnaque, un non-choix, les deux bouts d’un même bâton capitaliste.

Le camp de ceux qui prônaient le maintien dans l’UE présentait cela comme la garantie de notre prospérité. En réalité, l’UE a toujours été un dispositif pour les classes capitalistes les plus riches d’Europe afin de tenter de concurrencer leurs rivaux américains. De leur côté, les défenseurs du Brexit racontaient des fables sur le futur essor économique, rappelant le prétendu bon vieux temps où le capitalisme britannique dominait le monde. Et, des deux côtés, étaient et sont toujours agités les mêmes préjugés xénophobes et nationalistes, prétendant que nous, les travailleurs « britanniques », aurions les mêmes intérêts que nos exploiteurs britanniques et que, en quelque sorte, nous devrions nous protéger de nos sœurs et nos frères de classe de l’UE, qui ont travaillé avec nous et ont été exploités par le même patronat depuis si longtemps.

Non ! Nous n’avons pas les mêmes intérêts que nos exploiteurs, par contre nous avons les mêmes intérêts que nos sœurs et nos frères de classe, quelles que soient leurs nationalités.

(…) Pour nous, travailleurs, cela signifie que nous avons face à nous la perspective de nouvelles attaques contre nos emplois, nos salaires et nos conditions de travail, exactement comme après la crise bancaire, il y a dix ans. Mais pourquoi devrions-nous payer la note, une fois de plus, à cause de cette folie de Brexit ? Si nous le décidons, en nous appuyant sur notre force collective, en unissant nos rangs quelles que soient nos nationalités, nous aurions les moyens de stopper ces futures attaques patronales. C’est notre seule voie !

Workers’ Fight