Bavure policière de Nantes : la colère de la population

11 Juillet 2018

Mardi 3 juillet, dans le quartier populaire du Breil à Nantes, un CRS a tué un jeune conducteur d’une balle dans le cou. En réaction, la colère de jeunes s’est exprimée par des jets de cocktails Molotov, l’incendie de voitures, de locaux et de commerces, et s’est étendue à d’autres cités de la ville comme les Dervallières, la Bottière ou Malakoff dans les cinq nuits suivantes.

De nombreux habitants, tout en déplorant les destructions, comprennent cette exaspération. Ils sont choqués par la mort d’Aboubakar Fofana. Recherché pour vol, celui-ci aurait peut-être cherché à se dérober au contrôle mais, d’après les témoins, n’aurait aucunement menacé qui que ce soit.

Pourtant, nombre d’interventions dans les médias ont justifié l’attitude des CRS. Le député LR Ciotti s’est même félicité d’avoir proposé une loi qui permettrait aux policiers de tirer plus facilement. Quant au Premier ministre, de passage à Nantes, il a condamné avant tout « les violences » (celles des émeutiers, pas celle, mortelle, du CRS) et apporté son « soutien le plus ferme aux forces de l’ordre ». Pour protester contre l’attitude de la police et des autorités, pour réclamer « Justice pour Abou », une marche blanche a rassemblé jeudi 5 juillet près de 1 200 personnes au Breil. Depuis, la version du policier, qui parlait initialement de légitime défense, a changé. Il a déclaré qu’il s’agissait d’un accident au cours de l’empoignade. Il a été inculpé pour coups et blessures sans intention de donner la mort et laissé libre, sous contrôle judiciaire. Des habitants du Breil restent sceptiques quant à la thèse de l’empoignade et de l’accident, la famille s’est portée partie civile.

Non seulement cette société condamne des quartiers entiers au chômage, à la pauvreté et à la délinquance, mais l’attitude de la police y exacerbe les tensions. Les policiers sont rarement envoyés dans les cités populaires pour régler les problèmes des habitants. Ils ne les connaissent pas et souvent cherchent à s’imposer par les brimades et la violence. L’histoire de Théo, jeune de la banlieue parisienne qui avait eu l’anus déchiré par la matraque d’un policier l’année dernière, l’avait tristement illustré.

Les déclarations de politiciens proposant par démagogie d’assouplir l’usage d’armes par la police se sont multipliées et, depuis 2017, la loi le permet après sommations ou en cas de fuite. Sans surprise, ce recours aux tirs par arme à feu a augmenté (+54 % en 2017) jusqu’à tuer !

Correspondant LO