Allemagne : grève à l’hôpital !

11 Juillet 2018

Dans deux gros CHU de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à Düsseldorf et Essen, après plusieurs journées de débrayages, les travailleurs ont décidé de passer à la vitesse supérieure. Ceux de Düsseldorf se sont lancés dans la grève reconductible, ceux d’Essen ont fait trois jours de grève la semaine dernière et se sont mis en grève le lundi 9 juillet pour au moins toute la semaine. Ils sont plusieurs centaines de grévistes.

Le ras-le-bol est général. Depuis des années, les gouvernements font des économies drastiques : beaucoup d’emplois ont été détruits, le travail repose sur de moins en moins de personnel.

Les aides-soignantes et infirmières réclament des embauches, avec un nombre minimal de soignants par équipe. La charge de travail est en effet difficilement supportable. Selon les services, un infirmier doit s’occuper seul de quinze à trente patients par jour, plus de quarante la nuit. Comment alors s’occuper correctement des patients ?

Les autres catégories de travailleurs ne sont pas mieux loties, et ouvrières du nettoyage, brancardiers, aides-cuisiniers ou agents de sécurité font grève également. Certains ont été externalisés et touchent des salaires bien inférieurs à ceux du CHU, souvent le salaire minimum. Les femmes de ménage doivent nettoyer des surfaces toujours plus grandes, mais restent en temps partiel imposé. Celles qui ont été filialisées ou externalisées, en plus de devoir travailler plus, voient leurs petits salaires baisser encore !

Les grévistes ont déjà fait plusieurs assemblées générales pour apprendre à se connaître entre catégories, découvrir les problèmes des autres, décider de leur mouvement, des revendications et des actions à venir. Déjà tout le monde se sent beaucoup plus léger, après tant d’années à subir son sort chacun dans son coin.

Les opérations non urgentes et certaines consultations sont repoussées. Les directions des CHU ont fait paraître de grands articles et encarts dans la presse, pour expliquer que cette grève, malgré les assignations d’office, conduirait à des restrictions de personnel telles qu’elle mettrait en danger la vie de patients. Ces calomnies ont fait éclater la colère. Pour lui répondre que ce n’est pas la grève, mais bien sa politique, qui met en jeu la santé et parfois la vie de patients, le même jour les grévistes sont allés au centre-ville faire signer une pétition. En trois quarts d’heure, 1 300 passants avaient signé une déclaration de solidarité avec le personnel en grève. Les grévistes ont bien l’intention de ne pas en rester là.

Alice MORGEN