Sommet de l’Union européenne : tous d’accord contre les migrants

04 Juillet 2018

« C’est la coopération européenne qui l’a emporté » a annoncé Macron après l’accord signé par les dirigeants européens à l’issue du sommet de Bruxelles des 28 et 29 juin.

Celui-ci était convoqué suite au refus du gouvernement italien d’accueillir de nouveaux réfugiés et après que plusieurs navires transportant des centaines de migrants ont dû errer des jours en Méditerranée suite au refus de plusieurs gouvernements européens de les laisser accoster.

Cet accord propose la création de camps en dehors de l’Union européenne (UE), baptisés « plateformes de débarquement », où pourraient être regroupés les migrants arrêtés sur la route de l’Europe. Ceux qui seraient parvenus à gagner un pays de l’UE seraient enfermés dans des « centres contrôlés » destinés à faire le tri entre ceux qui pourront prétendre à demander l’asile et les autres. C’est une nouvelle version des « hot spots », ces camps d’enregistrement des migrants que l’Union européenne a fait installer en Grèce et en Italie ces dernières années.

Mais, pour le moment, la création de tels camps en dehors de l’UE reste bien improbable car encore faudrait-il que des pays soient volontaires pour les accueillir. Aucun pays africain ne s’est proposé, le Maroc, la Tunisie et la Libye ayant eux déjà refusé. Dans les Balkans, l’Albanie qui était l’un des pays pressentis a opposé le même refus catégorique. Dans l’UE, l’accord prévoit que les « centres contrôlés » soient établis « uniquement sur une base volontaire ». Or si l’Italie n’est pas volontaire, ce qui était prévisible, la France ne l’est pas davantage.

L’Italie réclamait une réforme du règlement de Dublin qui stipule que seul le pays d’arrivée d’un réfugié peut prendre en charge sa demande d’asile. Cette revendication a été acceptée mais aucune date n’a été fixée, la Hongrie, la Pologne, et même la France s’opposant à cette révision.

Les chefs d’État européens ne sont donc d’accord que sur une chose : continuer leur politique inhumaine consistant à empêcher par tous les moyens des hommes, des femmes et des enfants de venir vivre en Europe. Et ce, alors que l’arrivée de réfugiés aurait baissé de 95 % depuis octobre 2015 et que, même alors, leur accueil et leur installation n’auraient posé aucun problème dans un ensemble de 500 millions d’habitants.

Dans cette surenchère de cynisme et d’hypocrisie, la palme revient sans doute à Macron qui se félicite que « toutes les solutions (…), soit de repli national, soit de trahison de nos principes qui consistaient à repousser les uns ou les autres dans des pays tiers, ont été explicitement écartées » alors que c’est lui qui a proposé la création des nouveaux camps et que le gouvernement français continue la chasse aux réfugiés sur son sol.

La « crise migratoire », comme l’appellent les politiciens de tout bord et de toutes nationalités, sert ici de catalyseur aux divergences entre États européens et de prétexte à tous les démagogues pour parvenir et se maintenir au pouvoir. De ce fait, elle menace de faire éclater l’Union européenne qui n’a mis fin ni aux conflits d’intérêts ni aux rivalités entre les États la constituant. Les dirigeants européens sont cette fois-ci encore parvenus à trouver un semblant d’accord… jusqu’à la prochaine crise. Quant au sort des migrants qui continuent à mourir en Méditerranée, c’est le cadet des soucis de tous ces gens-là.

Jacques Le Gall