Simone Veil au Panthéon : Macron se met en scène

04 Juillet 2018

Dimanche 1er juillet, Simone Veil et son époux sont entrés au Panthéon et Macron a continué à s’élever à lui-même sa propre statue.

Sous le flot de discours, d’émissions, de mises en scène, il s’agissait de montrer le peuple unanime, politiciens compris, derrière son président. Et celui-ci d’annexer la mémoire des camps de la mort, le féminisme, le droit à l’avortement, la réconciliation des peuples européens, rééditant avec la défunte ce que Giscard avait fait avec la ministre.

Dans la France retardataire des années 1970, il avait fallu trouver une femme capable d’imposer la loi sur l’IVG aux parlementaires de droite, et quelques-uns de gauche, confits dans leurs préjugés et leur conformisme. Simone Veil, envoyée en première ligne par Giscard et Chirac, est alors apparue d’autant plus courageuse que les autres étaient pleutres, grossiers et arriérés.

La même opération a été reconduite pour faire passer l’idée européenne auprès de politiciens ayant basé leur carrière et fait une rente du discours nationaliste le plus étroit, et auprès d’électeurs habitués à les entendre. Simone Veil, par son histoire, symbolisait ce qui pouvait rendre l’Union européenne souhaitable, c’est-à-dire le refus de la guerre par une voix ô combien autorisée. Par ses choix politiques et sociaux, elle représentait également la limite, voire l’impossibilité de cette construction, pensée en fonction des seuls besoins du grand capital.

Aujourd’hui, Macron utilise l’image de Simone Veil pour tenter de redorer la sienne. Il faut dire que les défenseurs de l’ordre bourgeois dont on peut faire des icônes sans trop travestir les faits ne sont pas légion. On voit mal Macron proposer de transférer au Panthéon les dépouilles de Charles Pasqua ou François Mitterrand. Et pour disposer des modèles de morale républicaine que sont les Chirac, Giscard, Balkany et autres Cahuzac, il faudrait attendre non seulement qu’ils soient morts mais que leurs passages aux responsabilités soient vraiment complètement oubliés.

Paul GALOIS