Fermeture de commissariats : discours sécuritaires et économies budgétaires

04 Juillet 2018

Depuis plusieurs mois, les maires de banlieue de la petite couronne autour de Paris ainsi que des syndicats de policiers dénoncent un projet de « mutualisation » des moyens de police qui prévoit notamment la fermeture, la nuit et le week-end, d’un grand nombre de commissariats.

Dans certaines communes, comme à Charenton, Alfortville et Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, des rassemblements ont eu lieu le 9 juin à l’appel des élus locaux. Leurs protestations rencontrent certainement un écho favorable dans une partie des habitants de ces communes populaires qui ont le sentiment légitime d’être laissées de plus en plus à l’abandon par l’État. S’ajoutant aux fermetures de bureaux de poste et d’autres services publics, la réduction des heures d’ouverture des commissariats rendra de nombreuses démarches plus difficiles. La fermeture des permanences de nuit laissera de nombreuses personnes encore plus démunies pour se défendre, lors de certains conflits de voisinage, face à des violences domestiques ou à des agressions, autant de situations dans lesquelles les policiers sont souvent le seul recours dans la société actuelle.

Cependant, quand la police intervient utilement contre une agression ou lors d’un accident, elle ne montre qu’une partie de son visage. Son rôle principal est d’être une force de répression utilisable à tout moment par les autorités pour défendre un ordre social de plus en plus violent et inégalitaire. Les policiers sont utilisés pour expulser les locataires qui ne peuvent plus payer leur loyer, pour faire la chasse aux migrants qui n’ont d’autre refuge que les campements dans la rue ou pour réprimer des manifestations de travailleurs menacés de licenciement.

Malgré ce que prétendent les dirigeants jamais avares de discours sécuritaires, comme toutes les administrations et services de l’État, la police subit les effets de la politique d’économies budgétaires que le gouvernement mène pour pouvoir verser encore davantage d’argent aux capitalistes et à la minorité la plus riche. Dans ce domaine comme dans tous les autres, Macron et ses ministres se moquent bien d’aggraver encore un peu plus les conditions de vie des classes populaires. Mais on peut être certain que pour équiper de pied en cap les CRS et autres gendarmes mobiles, et leur donner les moyens de réprimer les mobilisations que sa politique ne manquera pas de susciter parmi les travailleurs, le gouvernement ne regardera pas à la dépense.

Jean SANDAY