Autriche : contre la journée de travail de 12 heures

04 Juillet 2018

À l’appel de la confédération syndicale autrichienne ÖGB, entre 80 000 et 100 000 personnes – ce qui est un succès dans un petit pays de seulement 8,7 millions d’habitants – ont manifesté à Vienne le samedi 30 juin contre le projet gouvernemental de réforme du temps de travail.

Le gouvernement de droite et d’extrême droite, qui dirige le pays depuis décembre, veut en effet donner aux patrons la possibilité de faire travailler leurs salariés 12 heures par jour et 60 heures hebdomadaires, alors que la limite actuelle est de 10 heures par jour et de 50 heures. En réalité la possibilité de faire travailler 12 heures existe déjà mais elle est encadrée : il faut pour cela un accord d’entreprise et un avis médical. C’est cela qui doit disparaître.

Bien sûr le gouvernement parle de volontariat, mais comment un travailleur, en particulier dans une petite entreprise, pourra-t-il refuser sans risquer une sanction voire un licenciement, si son patron le lui demande ? Et puis de nombreux experts médicaux expliquent que de tels horaires, même sur une durée limitée, sont néfastes pour la santé. Cette mesure est d’autant plus scandaleuse que le temps de travail en Autriche est déjà un des plus élevés en Europe, juste après la Grande-Bretagne et Chypre, avec de très nombreuses heures supplémentaires.

Depuis son entrée en fonction, le gouvernement a multiplié les mesures contre les migrants, prétendument pour protéger les « Autrichiens ». Mais il a aussi un vaste plan d’attaques contre le monde du travail concernant l’âge de la retraite, le montant des allocations de chômage.... C’est mi-juin, quelques heures seulement après la clôture du congrès du syndicat, qu’il a annoncé vouloir faire voter, le 4 juillet, la loi sur le temps de travail, espérant faire passer son sale coup facilement en pleine période estivale.

Habitué depuis des décennies au « partenariat social », le syndicat ÖGB, qui était resté l’arme au pied depuis des mois alors que tous les projets gouvernementaux étaient connus, s’est senti floué de ne pas avoir été invité à négocier et a adopté un ton plus combatif. Mais il a aussi été sensible à la colère qui s’est exprimée dans le monde du travail, dans les discussions, par des pétitions et des assemblées du personnel. Certaines de celles-ci se sont transformées de fait, comme au chemin de fer, en débrayages d’avertissement. Ainsi, en moins de deux semaines, le syndicat s’est mobilisé pour organiser la manifestation du 30 juin.

Au lendemain de celle-ci, le chancelier Kurz a déclaré qu’il resterait inflexible et il y a, bien sûr, toutes les chances que la loi soit votée par le Parlement. De son côté, l’ÖGB parle d’empêcher, ou de limiter, son application dans le cadre des conventions collectives annuelles à venir. En Autriche, le calme social règne depuis trop longtemps, avec 60 fois moins de journées de grèves qu’en France, et même quatre fois moins qu’en Allemagne sur la période 2007-2016. Mais la manifestation du 30 juin et le mécontentement ouvrier qu’elle exprime montrent que la démagogie nationaliste et anti-immigrants du gouvernement de la droite et de l’extrême droite ne suffit pas à faire oublier ses attaques.

Henri MARNIER