Santé : qui veut tuer l’hôpital public, l’accuse de déficit

27 Juin 2018

Chaque jour, dans les services hospitaliers, le personnel se heurte à la nocivité des plans d’économies mis en place par l’État et par les directions d’établissement. Eh bien, les deux chiffres des déficits en 2016 et en 2017 dévoilent en plus, et mieux que n’importe quel discours, l’absurdité de cette politique de rentabilité.

Le déficit des hôpitaux publics a explosé en un an, passant de 470 millions d’euros en 2016 à 890 millions d’euros en 2017.

L’intolérable manque d’effectifs et de lits

Qu’il s’agisse du personnel hospitalier ou médical, plus personne à l’hôpital n’a le sentiment de remplir correctement les tâches de soins. Dans bien des établissements, des conflits éclatent, comme à l’hôpital de Vierzon où le personnel soignant s’est mis en grève illimitée contre les menaces de fermeture de certains services, dont la maternité.Et là où il n’y a pas de telles réactions, le mécontentement n’est pas moins fort, menant parfois au burn-out ou autres formes de craquage.

L’horizon est d’autant plus sombre que le ministère de la Santé veut encore imposer en 2018 1,8 milliard d’économies, ainsi que 1,2 milliard de coupes dans les crédits de personnel sur cinq ans. En guise de remède au manque général d’effectifs, le gouvernement porte le fer dans la plaie.

Quant au manque de lits, il est sans cesse plus criant. Le syndicat Samu Urgences de France indique que, depuis janvier 2018, 100 000 patients au moins ont dû passer la nuit sur un brancard faute de lits pour les hospitaliser. La situation de crise connue durant la canicule de 2003 devient ordinaire.

Au nom du déficit, une réforme pire que le mal

Ces chiffres sur les urgences, ainsi que l’épuisement des personnels, enlèvent toute vraisemblance à l’explication principale du déficit qui serait dû, selon la presse, à un ralentissement de l’activité hospitalière. Ceux qui écrivent ces absurdités sans sourciller ont-ils demandé un rendez-vous en ophtalmologie (mission quasi impossible) ou un en neurologie (de trois à six mois d’attente) ?

Mais d’autres explications avancées sont encore plus tendancieuses et lourdes de menaces : la croissance des dépenses de personnel est invoquée et détaillée. Sont ainsi mises sur la sellette la revalorisation du point d’indice, la révision des grilles de carrière et l’augmentation mécanique des traitements liée à l’âge et à l’expérience. On voit clairement où mènent de tels raisonnements : ah, s’il n’y avait pas de personnel titulaire, mais seulement des contractuels ! Et pourquoi pas des auto-entrepreneurs !

Les représentants de la Fédération Hospitalière de France réclament plus d’autonomie pour s’adapter aux nouvelles exigences budgétaires avec « de l’audace et du volontarisme ». C’est le langage de Macron, et l’on voit dans l’Éducation nationale et à la SNCF ce qu’il signifie.

Plus naïvement peut-être, des médecins réclament une réforme qui fasse sortir les hôpitaux de la tarification à l’activité et de la concurrence entre établissements. À juste titre, ils déplorent que les impératifs économiques ont pris la place des exigences de santé au cœur du système hospitalier. Ils dénoncent le terme de « patientèle » forgé clairement sur le mot clientèle. Mais il faudrait qu’ils aillent plus loin dans leurs critiques et leur opposition.

Sous ce gouvernement, comme sous les précédents, le mot réforme recouvre des attaques de moins en moins déguisées contre les travailleurs et contre tout ce qui garde un caractère collectif. Ce qui se profile, avec l’argument du déficit, c’est un nouveau pas dans la financiarisation du secteur hospitalier, renforçant la séparation entre une médecine des riches et une médecine des pauvres.

Correspondant LO