Protectionnisme ou libre-échange ? Tromperie bicylindre

27 Juin 2018

Les déclarations du président des États-Unis, des responsables de l’Union européenne et des dirigeants de Harley Davidson quant aux éventuelles taxes sur les motos importées en Europe sont utilisées aussi bien par les défenseurs du protectionnisme que par ses adversaires.

Trump a commencé la campagne en vue des prochaines élections américaines en affirmant qu’il défendait les travailleurs par des mesures protectionnistes. Ses paroles tonitruantes furent suivies d’actes symboliques, comme l’augmentation des taxes sur certains aciers fabriqués en Europe. Trump affirmait à cette occasion avoir été élu pour servir les habitants de Pittsburgh (capitale de l’acier américain) et pas ceux de Paris.

Les autorités européennes ont répliqué, tout aussi symboliquement, en taxant quelques produits sélectionnés comme le bourbon, le beurre de cacahuète et les Harley Davidson. Les dirigeants de la firme de motos sont alors entrés dans la danse, menaçant de délocaliser une partie de leur production hors des États-Unis pour échapper aux taxes européennes. Et Trump de répliquer en s’étonnant que ces industriels baissent pavillon aussi vite et en leur demandant un peu de patience.

Les porte-parole de l’Union européenne, et leurs soutiens dans la presse, ont beau jeu d’affirmer alors que le protectionnisme de Trump est une mauvaise affaire pour les Américains eux-mêmes. Non seulement, disent-ils, Harley Davidson va supprimer des emplois américains en délocalisant, mais en plus, le cours de son action perd 6 % à la Bourse de New York.

Dans leur jeu de poker menteur, tous ces gens mettent en avant le maintien des emplois. Pour les premiers intéressés, les travailleurs, il serait pourtant vain de se demander qui a raison, des protectionnistes ou des partisans du libre-échange. Il vaut mieux regarder qui prétend parler en faveur de la classe ouvrière, de ses emplois, de ses conditions de vie.

En guise de défense de l’emploi, les dirigeants de Harley Davidson viennent de fermer une usine à Kansas City pour en ouvrir une en Thaïlande. À la moindre menace sur leurs affaires, ils font du chantage à la délocalisation, mais ne parlent jamais évidemment de réduire les rentes servies aux actionnaires.

Donald Trump, le protectionniste, est le modèle du milliardaire sans scrupule, un va-t-en guerre patenté, l’ennemi résolu de toute loi sociale, le soutien affirmé de tous les capitalistes. Sous son règne, la situation des travailleurs a continué à se dégrader et la fortune des milliardaires à continuer de gonfler.

Les dirigeants de l’Union européenne, à Bruxelles comme à Paris et à Berlin, chevaliers du libre-échange, ont accompagné les vagues de licenciements à l’échelle d’un continent, organisé la baisse des salaires et la destruction des protections ouvrières, fait reculer de plusieurs décennies la situation des travailleurs. En outre, leurs proclamations libre-échangistes n’ont jamais empêché les représentants des capitalistes français et allemands de prendre les mesures protectionnistes quand cela les arrangeait et de relever les barrières douanières si besoin était.

Leurs actes passés et présents les montrent tous pour ce qu’ils sont : des ennemis des travailleurs. Et cela suffit à mettre la dispute entre protectionnisme et libre-échangisme à sa juste place, l’une des mille et une manières d’attacher les exploités au char des exploiteurs.

Paul GALOIS