Maroc : 20 ans de prison pour les contestataires !

27 Juin 2018

Nasser Zefzafi et trois autres leaders du mouvement de protestation Hirak, qui a secoué la région du Rif en 2016 et 2017, ont été condamnés à 20 ans de prison ferme par la Cour d’appel de Casablanca au Maroc.

Au total, les peines cumulées atteignent 360 années de prison... et cela pour avoir manifesté pour demander du travail, un hôpital et une université.

Les militants du Hirak sont accusés de « complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’État », de « tentative de sabotage, de meurtre et de pillage » et d’« atteinte à l’unité et à la souveraineté du royaume ». Ces mensonges et ces peines, complètement disproportionnées, sont dignes des procès des « années de plomb » sous Hassan II. Ils révèlent la peur du régime face au mouvement de contestation du Rif, qui a duré des mois malgré la répression et qui s’est adressé aux classes populaires de tout le pays.

Le mouvement a commencé à al-Hoceima après la mort en octobre 2016 d’un vendeur de poisson broyé dans une benne à ordures en voulant sauver sa marchandise confisquée par la police. Les manifestants ont commencé par demander une vraie enquête sur les circonstances du décès. Puis ils ont manifesté pour la dignité, contre l’injustice de l’État et pour la création d’emplois, avec un salaire qui permette de vivre. Ils exigeaient aussi la construction d’un hôpital et d’une université dans cette ville de 200 000 habitants. Le mouvement a entraîné toute la population de la région, les manifestations se sont succédé pendant des mois et ont regroupé des dizaines de milliers de personnes, s’adressant de plus aux opprimés de tout le pays.

C’est sans doute cela qui a inquiété le régime, et qui l’a conduit à condamner durement les leaders du mouvement. Car les inégalités criantes, la corruption du régime, la lutte pour la survie de plus en plus dure pour des millions de Marocains font de ce pays une poudrière. Le régime a choisi la répression pour tenter d’éteindre la contestation, mais cela pourrait au contraire conduire à l’explosion.

Valérie FONTAINE