L’Union européenne et les migrants : entre égoïsme et xénophobie

27 Juin 2018

Alors qu’un nouveau bateau transportant 234 migrants s’est retrouvé bloqué en Méditerranée pendant plusieurs jours, les dirigeants européens ont continué de s’opposer à l’occasion d’un minisommet réuni à Bruxelles le 24 juin.

Destinée à préparer le sommet européen des 28 et 29 juin, cette réunion a été boycottée par les États d’Europe centrale : Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque, constituant le groupe dit de Visegrad, qui veulent verrouiller leurs frontières. Ces pays relativement pauvres ne sont pourtant pas les plus recherchés par les migrants. Mais leurs dirigeants cultivent la xénophobie, voire le racisme, et les migrants sont des boucs émissaires tout trouvés. Le gouvernement autrichien, codirigé par l’extrême droite, prend le même chemin. Quant au ministre de l’Intérieur allemand, appartenant au parti bavarois lié à la CDU de Merkel, il a lui aussi menacé de fermer les frontières.

L’Italie, la Grèce et Malte, sur les côtes desquelles atterrissent les bateaux de migrants, réclament la solidarité des États les plus riches, France et Allemagne. Le ministre de l’Intérieur italien, Salvini, le fait avec des accents xénophobes. Mais il n’a pas de mal à dénoncer l’hypocrisie du gouvernement français, car Macron donne des leçons, mais ne tient même pas sa maigre promesse d’accueillir 30 000 migrants. Cela ne l’empêche pas de se dire « favorable à ce qu’il y ait des sanctions qui existent en cas de non solidarité », lui qui s’est refusé à ouvrir les ports français à l’Aquarius !

Le Premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, a accepté que les passagers de l’Aquarius puissent débarquer en Espagne, dans le port de Valence. Mais il défend la même politique que Macron : les deux dirigeants ont proposé ensemble la création de centres fermés, dans « le pays le plus proche du débarquement », où les migrants devraient rester jusqu’à ce que leur cas soit étudié. Multiplier les camps d’enfermement, voilà la solution proposée par ceux qui, parmi les dirigeants européens, se prétendent les plus humanistes. La différence avec les autres n’est pas forcément très grande…

La crise actuelle montre l’incohérence de l’Union européenne, en proie aux rivalités entre États, à la montée de l’extrême droite xénophobe, secouée régulièrement par des crises économiques menaçant de tourner à la débâcle.

Dans un tel contexte, il est d’autant plus nécessaire d’opposer à l’étalage des égoïsmes nationaux des chefs d’États européens la nécessaire solidarité des exploités dans une lutte commune pour défendre leurs conditions de vie, et de revendiquer la liberté d’installation pour toutes les femmes et les hommes qui viennent tenter de vivre et travailler en Europe.

Vincent GELAS