Une garantie bidon pour les “ubérisés”

20 Juin 2018

Le candidat Macron avait parlé de mettre un frein à l’exploitation des travailleurs indépendants par les plateformes numériques comme Uber. En 2017, des chauffeurs et des livreurs à vélo s’étaient révoltés contre les donneurs d’ordres, s’apercevant que, loin d’être libres, ils étaient soumis aux plateformes numériques, c’est-à-dire aux capitalistes qui centralisent les commandes, répartissent les courses, encaissent et prennent leur part.

Payés à la tâche, ne pouvant pas refuser une course sous peine de ne plus avoir de travail, sans protection sociale, sans garantie d’aucune sorte, sans minimum de salaire, ces travailleurs indépendants étaient revenus à la situation des premiers tâcherons salariés. Pour eux, les garanties collectives gagnées en deux siècles de combats du mouvement ouvrier étaient abolies. Des tentatives ont donc été faites pour qu’ils puissent être requalifiés en salariés, avec d’une part les quelques garanties encore attachées à ce statut, d’autre part la conscience d’appartenir à la collectivité des travailleurs. Rien n’a beaucoup avancé, si ce n’est que plusieurs de ces plateformes ont offert une assurance décès-invalidité gratuite à leurs travailleurs. On ne saurait être plus délicat, sachant que pour gagner quelques sous les livreurs à vélo sont contraints de prendre des risques en roulant comme des fous.

Mardi 19 juin, le député macroniste Aurélien Taché a proposé un amendement à la loi Pacte, visant à réglementer les rapports entre plateformes numériques et travailleurs indépendants. Le texte encourage, mais ne contraint pas, les plateformes a se conformer à une charte de leur cru, chacune la sienne, qui définirait des garanties. Taché n’en énonce aucune, si ce n’est le fait d’abonder le compte formation des travailleurs indépendants. En vertu de quoi ces travailleurs n’auraient plus le droit de demander à être requalifiés en salariés ! Pour les travailleurs, l’amendement Taché serait à peine un chiffon de papier, mais il fournirait aux patrons une garantie en béton.

Paul GALOIS