Migrants : la politique criminelle du gouvernement français

20 Juin 2018

Macron n’a rien à envier à son homologue italien en matière de cynisme dans les décisions qui ont accompagné la traversée de l’Aquarius. Verrouillant les ports français, il a largement contribué à rendre insupportable le périple de ces migrants.

Pendant plus d’une semaine, le navire est passé au large des côtes italiennes, mais aussi françaises, notamment à quelques milles marins de la Sardaigne et de la Corse, pour finalement atteindre l’Espagne. Les souffrances des rescapés, déjà sévèrement éprouvés par le naufrage de leurs canots au large de la Libye, ont été prolongées par l’interdiction de débarquer opposée par le gouvernement français. Sur le pont du navire surchargé, la chaleur étouffante a alterné avec la tempête, et les rescapés, hommes, femmes et enfants, ont dû subir pendant des jours le mal de mer.

Ce n’est certainement pas l’annonce que la France accueillera quelques migrants, soigneusement triés par l’Office de l’immigration parmi ceux débarqués à Valence, qui rendra cette politique moins ignoble. Macron a voulu montrer que même une tragédie comme celle-ci, si médiatisée soit-elle et quelles que puissent être les souffrances endurées par plusieurs centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, ne le ferait pas renoncer à faire des frontières une barrière étanche.

Cette attitude est bien à l’image de la politique du gouvernement français, qui n’hésite pas à envoyer les migrants à la mort. Dans les Alpes, certains paient de leur vie leur tentative d’échapper à des contrôles de plus en plus serrés. Même pour ceux qui parviennent à passer, la menace d’une expulsion plane toujours davantage, et la loi asile-immigration discutée en ce moment au Sénat l’accentue encore. Elle permettra d’expulser plus rapidement les déboutés du droit d’asile, réduisant notamment le délai de recours.

Cette politique meurtrière se prolonge en Afrique même, où l’Europe paye pour faire des pays de transit une première barrière. Au Niger, l’Europe verse des millions pour que les contrôles se multiplient sur la grande route empruntée par les migrants, obligeant ceux-ci à faire le détour par un désert qui, comme la Méditerranée, est devenu un cimetière. En Libye, les gardes-côtes, financés pour empêcher les migrants de prendre la mer, les vendent aux marchands d’esclaves. Au Soudan même, une des pires dictatures, des camps ont été bâtis avec l’aide de l’Union européenne, et donc l’aval du gouvernement français, pour bloquer ceux qui fuient l’Érythrée.

D’une extrémité à l’autre des routes migratoires, on ne compte plus le nombre de morts, de viols et de mauvais traitements dont cette politique inhumaine porte la responsabilité.

Daniel MESCLA