Loi avenir : pour sécuriser... les patrons

20 Juin 2018

Derrière une certaine emphase du style « sécuriser le parcours des individus face aux mutations du marché du travail » ou « nouvelle protection tout en garantissant le développement de nouveau modèle économique d’indépendant », la loi dite d’avenir professionnel votée à l’Assemblée mardi 19 juin se veut le deuxième volet des ordonnances Macron.

Bien que de nombreuses précisions soient renvoyées à des décrets et discussions futurs, cette loi ne pourra que se traduire par de nouveaux reculs pour les travailleurs, tout en prétendant l’inverse. Par exemple, elle revient sur les critères qui définissent les offres raisonnables d’emploi que chaque chômeur ne peut refuser plus de deux fois. Dorénavant, les critères seront personnalisés, ce qui peut sembler une bonne chose. Sauf que, dans le même temps, le gouvernement décide de supprimer des milliers de postes de conseillers, il prévoit de nouvelles sanctions contre les chômeurs et l’expérimentation d’un journal de bord par chômeur dans certaines régions. Alors, dans les faits, cette mesure introduira encore plus d’arbitraire.

Le gouvernement se dit sensible à la précarité du travail ; la ministre dénonce le million et demi de travailleurs qui sont dans cette situation et dont 830 000 touchent un complément des caisses de chômage. La loi prévoit que si syndicats et patrons ne parviennent pas à un accord, le gouvernement réduira ou supprimera cette possibilité de cumul qui existe depuis 1990 sous prétexte qu’elle inciterait ces travailleurs à rester dans la précarité. Dans le même temps, le gouvernement expérimente des CDD pouvant remplacer non seulement une, mais plusieurs personnes à temps partiel, ou absentes successivement, de quoi alimenter un peu plus la précarité.

La formation professionnelle sera libéralisée. Il ne faudra plus d’autorisation administrative pour ouvrir un centre d’apprentissage, les entreprises pourront ouvrir directement leurs classes, les régions devront piloter l’ouverture de classes d’apprentis dans les lycées professionnels et s’assurer que les entreprises pourront avoir accès à leurs plateaux techniques pour en former.

Sur les 66 articles, bien d’autres choses sont mises en avant, sur le travail des handicapés, l’égalité homme-femme, mais tout est à l’avenant : soit il s’agit de mesures sans engagement, soit elles seront contredites dans la réalité, soit elles sont franchement antiouvrières.

Inès Rabah