Lactalis : l’opacité, règle patronale

20 Juin 2018

Après avoir fait de la résistance, le PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, a finalement été entendu le 7 juin par la commission d’enquête parlementaire, à propos de l’épidémie de salmonellose dont ont été victimes à partir d’août 2017 des nourrissons ayant consommé ses produits.

Quarante-et-un cas de salmonellose provoqués par les produits Lactalis ont été officiellement reconnus et l’association des familles des victimes recense 200 plaintes. Mais le trust du lait continue à se montrer discret. Par avocats interposés, il avait même demandé l’interruption d’une commission d’enquête parlementaire jusqu’à l’aboutissement de la procédure pénale à laquelle il est soumis ; autrement dit, il envisageait de la boycotter au nom de la souveraineté de la justice. L’audition du PDG vient tout de même d’avoir lieu mais celui-ci a laissé les questions pratiquement sans réponse, en particulier celle de savoir quelles mesures la société aurait dû prendre pour éviter la contamination et pour réagir une fois celle-ci avérée.

La séance a permis à quelques députés de s’indigner… ou de jouer à l’indignation. Ainsi Grégory Besson Moreau, membre de La République en marche et rapporteur de la commission, a conseillé au PDG de répondre précisément aux questions au lieu de lire ses notes. Puis il s’est interrogé pour savoir s’il ne faudrait pas « responsabiliser davantage certains dirigeants des industries agroalimentaires » par des « sanctions pénales et financières plus fortes ». La main droite ignorant ce que fait la gauche, ce même député avait été félicité le 27 mai par le ministre de l’Agriculture pour avoir renoncé à introduire, dans la loi sur l’alimentation, une pénalité contre les patrons n’ayant pas vérifié, lors de la première mise sur le marché d’un produit, que celui-ci est conforme aux prescriptions en vigueur. En conséquence, cette obligation, pourtant pas énorme, prévue par le Code de l’alimentation, reste de pure forme.

Quant au député apparenté socialiste Christian Hutin, président de la commission d’enquête sur Lactalis, il a conseillé « avec cordialité » à son PDG de « forcer sa nature », en particulier son trait de caractère personnel « plutôt secret » et de « travailler dans la communication, ne serait-ce que pour aller voir les familles des victimes ». Comme si la question était celle de la psychologie de ce PDG !

Le secret n’est certes pas dans les gènes de la famille Besnier qui depuis trois générations dirige le groupe laitier, mais dans la logique capitaliste de celui-ci. Son rejeton Emmanuel Besnier est considéré comme la cinquième fortune de France avec 12 milliards d’euros et la société qu’il dirige est la troisième au niveau mondial, derrière Nestlé et Danone. Sous prétexte qu’elle reste familiale, non cotée en Bourse, elle n’est pas tenue de communiquer ses bénéfices et sa rentabilité financière. L’opacité règne dans les comptes mais aussi dans les règles de sécurité sanitaire observées dans l’entreprise. Chez Besnier comme ailleurs le secret commercial et industriel est un obstacle majeur pour la défense des intérêts des travailleurs, mais aussi des producteurs et des consommateurs.

Jean SANDAY