Tournant social ? Circulez, il n’y a rien à voir

13 Juin 2018

Les trois économistes distingués qui avaient rédigé le programme électoral de Macron ont fait part au président de leur inquiétude.

Selon eux « l’ambition émancipatrice du program­me présidentiel échappe à un nombre croissant de nos concitoyens » et les promesses initiales risquent de se résumer à « un programme classique de réformes structurelles favorables aux plus aisés ».

Ces économistes proposent donc quelques mesures, « compatibles avec la trajectoire des finances publiques », qui permettraient de répondre à tous ceux qui voient en Macron le seul président des riches.

Les commentateurs, associant ces conseils aux quelques protestations venues de députés macronistes et aux lamentations d’un Laurent Berger délaissé, parlent d’un réveil de l’âme de gauche du macronisme. Mais, jusqu’à ce jour, les invocations n’ont rien donné et l’esprit progressiste n’a toujours pas visité le président. Peut-être viendra-t-il lors de son discours aux mutualistes, le 13 juin, ou de la présentation du programme antipauvreté, à la fin du mois ? Il restera le 15 août, qui célèbre à la fois Napoléon et l’assomption de la Vierge, car il faudrait au moins un tour de force politique ou une extase mystique pour parvenir à faire passer Macron pour autre chose que ce qu’il est.

Comme tout président, celui-ci applique sa feuille de route : créer les conditions les meilleures pour que les capitalistes accroissent leurs profits. Il a ainsi fini de détruire le Code du travail, diminué les impôts sur le capital, poursuivi les économies sur les services publics utiles à la population. Il s’attaque de front aux travailleurs de la SNCF pour faire un exemple. Il projette de s’en prendre aux chômeurs, aux retraités et désormais aux plus pauvres, ceux qui survivent avec une allocation. Il le fait en montrant que pour lui la rentabilité du capital est le seul espoir, la seule valeur, la seule morale.

Bien sûr, Macron pourrait se résoudre à parler de mesures en faveur des travailleurs, comme le lui suggèrent les trois économistes et quelques autres. Il s’agirait alors de tenter de mettre son parti en position plus favorable en vue des futurs scrutins. Ce serait tout au plus un peu de poudre aux yeux, comme chacun, dans le monde du travail, peut le prédire sans risque de se tromper.

L’autre éventualité serait qu’il finisse par le faire, comme d’autres avant lui, le couteau d’une grève générale explosive sous la gorge. D’ailleurs c’est peut-être cela, cette colère que finiront par provoquer la morgue présidentielle et l’avidité patronale, que voudraient prévenir ceux qui demandent à Macron de parler un peu plus de social.

Paul GALOIS