Sécurité sociale : moins de déficit… et moins de soins !

13 Juin 2018

La commission des comptes de la Sécurité sociale a annoncé le 5 juin une forte réduction du déficit global pour 2018, estimé à 300 millions d’euros. Pour la première fois depuis 2001, le régime général qui regroupe les caisses Vieillesse, Famille, Accidents du travail et Maladie devrait même être bénéficiaire de 2,5 milliards d’euros.

Pour expliquer ces résultats, le gouvernement met en avant la prétendue croissance de l’économie et la légère baisse du chômage qui ont gonflé les recettes de la Sécurité sociale. Cela confirme surtout la responsabilité du grand patronat dans les déficits précédents de la Sécurité sociale car c’est lui qui a fait exploser le chômage en licenciant à tour de bras.

Mais ces résultats s’expliquent surtout par les politiques d’austérité menées par tous les gouvernements, sous Sarkozy, Hollande et Macron. D’après un économiste, dans le secteur de la santé, l’année 2018 est d’ailleurs « l’année du plan d’économies les plus sévères de l’histoire, avec 4,3 milliards d’économies ». Ceux qui ont payé et qui paient le prix du rétablissement des comptes de la Sécurité sociale, ce sont les travailleurs de la santé, des Ehpad, des maisons de retraite, des hôpitaux, des cliniques, etc., qui travaillent de plus en plus en sous-effectif permanent, avec des cadences de plus en plus infernales et avec toujours moins de matériel. Ce sont aussi les retraités qui voient chaque année leur pension fondre comme neige au soleil. Et plus généralement, c’est toute la population laborieuse qui paie toujours plus de cotisations, pour des soins de moins en moins remboursés.

La commission prévoit même que les comptes de la Sécurité sociale seront excédentaires de trois milliards d’euros pour l’année 2019. Bien sûr pour le gouvernement, il est hors de question que ces milliards servent à embaucher massivement dans la santé ou à mieux rembourser les soins. La ministre de la Santé a même déclaré que ces surplus devraient servir entre autres à « redresser les comptes publics ». Ce qui sous-entend qu’ils iraient éponger en partie la dette de l’État, creusée par la multiplication des cadeaux au grand patronat. Comme en 2001 quand le gouvernement de gauche de Jospin avait utilisé les excédents de la Sécurité sociale pour payer les exonérations de cotisations sociales qu’il avait accordées au patronat.

Alors, même si ces milliards d’excédents de la Sécurité sociale se confirment, les classes populaires qui les ont payés par la réduction des remboursements n’en verront pas la couleur.

Arnaud LOUVET