Lycées professionnels : livrer des apprentis au patronat

13 Juin 2018

Parallèlement à la loi intitulée Pour la liberté de choisir son avenir, dont un des volets concerne le développement de l’apprentissage, le gouvernement prépare pour 2019 une réforme du lycée professionnel.

Ce projet s’apparente à un véritable plan social, avec des centaines de suppressions de postes à la clé. Avec les enseignants contractuels, qui comme dans tous les secteurs servent de variable d’ajustement, et les départs en retraite non remplacés, le ministère espère adoucir le choc.

Selon des informations qui restent floues, la réforme modifierait les volumes horaires des élèves en baccalauréat professionnel : l’équivalent de huit semaines de cours disparaîtrait. De même, les élèves de CAP perdraient entre deux et huit semaines de cours selon l’année et la filière. Les enseignants de gestion-administration seraient particulièrement touchés, avec la disparition de la moitié des classes.

La préparation au baccalauréat, passée déjà à trois ans au lieu de quatre il y a quelques années, l’augmentation du nombre d’élèves par classe, le regroupement de spécialités différentes dans tous les enseignements lorsque cela est possible, tout cela a déjà réduit le nombre de postes d’enseignants. Il s’agit donc là d’une nouvelle étape.

Cette réforme vise à permettre au patronat d’avoir davantage la main sur la formation professionnelle, en créant des formations à la demande des patrons en fonction de leurs besoins dans chaque zone et en permettant de valider des compétences et non plus des diplômes.

Par ailleurs, alors qu’il existe des grilles de salaire fixées dans des conventions collectives, elles-mêmes se référant à des diplômes, la réforme serait un outil supplémentaire pour permettre aux patrons de s’affranchir des règles et d’individualiser les rémunérations.

Il est envisagé que les élèves de lycée professionnel puissent passer de l’apprentissage à la formation continue en cours d’année, à la fois pour fournir le patronat en jeunes à exploiter et pour lui permettre de les sélectionner.

Bien sûr, cette réforme ne sort pas de nulle part. Cela fait des années que les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique, cherchent à la fois à faire des économies sur la formation et à livrer au patronat des jeunes plus opérationnels, plus adaptés au bassin d’emploi.

Pour l’instant, le personnel découvre le projet et en discute. Chacun se souvient qu’en 2000 la réforme du ministre de l’Éducation nationale Allègre, qui voulait annualiser le temps de travail des enseignants des lycée professionnels, avait provoqué un mouvement important.

Inès Rabah