Jordanie : la population refuse de payer

13 Juin 2018

À l’annonce d’une réforme des impôts faite par le Premier ministre jordanien, d’importantes manifestations ont eu lieu début juin à Amman et dans d’autres villes du pays, durant une semaine. Elles ont fait reculer le gouvernement.

Fin mai, le Premier ministre du roi Abdallah annonçait une réforme fiscale qui entraînait une augmentation du montant des impôts pouvant aller de 5 à 25 % et rendant imposables les personnes ayant un salaire annuel supérieur à 8 000 dinars (environ 9 700 euros). Cette réforme avait été préconisée par le Fonds monétaire international, en échange d’un prêt de 723 millions de dollars. L’annonce de cette réforme fiscale s’ajoutait à une série de hausses des prix, du pain et d’autres produits de première nécessité, de l’électricité, des loyers, de l’essence, des frais d’école, qui s’accumulent depuis des mois.

Les syndicats et associations professionnelles ont alors appelé à une manifestation le soir dans les principales villes du pays. À Amman, plus de 5 000 personnes se sont rassemblées devant les bâtiments gouvernementaux. Bien que dispersées par la police et les gaz lacrymogènes, les manifestations se sont répétées pendant plusieurs nuits. Les manifestants reprenaient des slogans tels que : « Celui qui augmente le pain cherche à enflammer le pays », ou encore « Nous sommes le peuple, nous sommes la ligne rouge » ainsi que « Pain, liberté et justice sociale ».

Parmi les manifestants se trouvaient des professions libérales aussi bien que des enseignants, fonctionnaires ou commerçants. Tous refusaient de faire les frais des engagements du gouvernement auprès des banques et du FMI et de voir leur impôt sur le revenu augmenter. Mais ils étaient soutenus aussi par les travailleurs et chômeurs plus pauvres, touchés de plein fouet par les récentes taxes renchérissant le pain et les autres produits, dans ce pays où le taux de chômage officiel est de 18,5 %, le taux de pauvreté de 20 % et le salaire minimum seulement de 310 dollars par mois.

Lundi 4 juin, le Premier ministre démissionnait et, tandis que le nouveau chef du gouvernement annonçait qu’il retirait la réforme fiscale, les syndicats maintenaient leur appel à la grève pour le mercredi 6 juin. De nombreux commerces sont alors restés fermés, des rassemblements d’hospitaliers et de fonctionnaires ont eu lieu dans la journée. Le 11 juin, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït annonçaient une aide de 2,5 milliards de dollars au total, motivés disaient-ils par des liens fraternels étroits avec la Jordanie, en fait surtout par la volonté de tenter d’étouffer dans l’œuf une agitation sociale qui pouvait être contagieuse. Reste que la population jordanienne a réussi à imposer au gouvernement un recul dans sa tentative de racket au profit des banques internationales.

Gaëlle Regent