Économie : investissements poudre aux yeux

13 Juin 2018

Le nombre de projets émanant d’investisseurs étrangers en France a augmenté de 31 % en 2017. Il n’en faut pas plus pour que les commentateurs économiques et les milieux financiers évoquent « l’attractivité de la France », le retour de la croissance qui, ajoutée à l’effet favorable du Brexit, aurait poussé certaines sociétés à préférer Paris à Londres, pourtant toujours en tête.

C’est une nouvelle occasion d’entendre des éloges de Macron, dont la bonne gouvernance aurait fait perdre à la France « sa figure de mouton noir », comme le dit un des membres du cabinet d’audit financier EY, responsable de cette enquête.

À y regarder de plus près, quand les groupes étrangers proposent des investissements, il s’agit à 86 % de l’extension de sites déjà existants, de l’installation de sièges sociaux ou d’unités de recherches. Chacun de ces projets ne devrait créer en moyenne que 25 postes, presque deux fois moins qu’au Royaume-Uni, soit un total de 25 000 emplois. Un chiffre ridicule comparé aux presque six millions de chômeurs.

Quand il s’agit de trusts, on en trouve aussi qui promettent un investissement alors qu’ils ont supprimé des emplois ailleurs, comme General Electric qui a décidé d’investir 120 millions d’euros à Cherbourg après avoir supprimé plusieurs centaines de postes dans sa filiale GE Hydro de Grenoble.

Les patrons, français ou étrangers, peuvent remercier Hollande pour son CICE, applaudir au crédit impôt recherche qui constitue une niche fiscale très attractive. Ils vont continuer à profiter des subventions des régions en plus de celles de l’État, des lois travail de Macron, tout en lui rappelant qu’il faut vite poursuivre la baisse de l’impôt sur les sociétés.

Pavoiser en voyant là l’indice d’une reprise économique prometteuse n’est qu’un lamentable tour de prestidigitation.

Sylvie MARÉCHAL