Comptes de campagne de Macron : petites ristournes entre amis

13 Juin 2018

Jeudi 7 juin, le président de la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) présentait son rapport devant la presse. L’exercice n’avait rien d’aisé puisqu’il devait justifier le fait que les nombreuses ristournes accordées au candidat Macron lors de la présidentielle de 2017 n’aient pas conduit à son invalidation.

La législation interdit aux entreprises de faire des dons aux candidats, y compris sous la forme de rabais excessifs par rapport aux pratiques commerciales habituelles. Or Macron a manifestement bénéficié d’une grande générosité de la part de plusieurs entreprises. Ainsi GL Events, entreprise spécialisée dans l’événementiel installée à Lyon, a accordé une remise de 36 % sur la facture d’un meeting organisé à la Mutualité. Il est vrai que son patron, Olivier Ginon, est un proche du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Il a aussi baissé de quelque 10 000 euros une facture initiale de 39 490 euros, pour le meeting de la porte de Versailles. Pendant l’entre-deux-tours, la société Jaulin a fait une remise de 50 % sur la location des barrières pour le meeting au Paris Event Center. Selfcontact, spécialiste des appels téléphoniques ciblés, a, lui, déduit 76 800 euros de sa facture globale, soit une remise de 24 %.

Personne ne s’attendait à ce que la commission refuse de valider les comptes de celui qui a remporté l’élection. Force est de constater que, sous la Ve République, cela n’est jamais arrivé. Il est aujourd’hui avéré qu’en 1995 les dépenses de campagne de Chirac avaient largement dépassé les plafonds autorisés. Ses comptes n’en avaient pas moins été validés par le Conseil constitutionnel, responsable à l’époque de ce contrôle, sous la pression insistante de son président, le socialiste Roland Dumas. Les comptes de Sarkozy n’avaient pas davantage été remis en cause après son élection de 2007, et il a fallu attendre plus de dix ans pour que les soupçons de financement de sa campagne par le dictateur libyen Kadhafi entraînent sa mise en examen.

Le feuilleton des comptes de Macron ne fait peut-être que commencer mais, en attendant, ce n’est pas la Commission des comptes de campagne qui remettra en cause son élection, même si ses propres règles l’y obligeraient. Mais peut-être en saura-t-on plus d’ici quelques années quand, comme ses prédécesseurs, il aura quitté l’Élysée.

Aline URBAIN