Salvini à l’attaque contre les migrants

06 Juin 2018

À peine avait-il endossé son costume de ministre de l’Intérieur du nouveau gouvernement italien que Matteo Salvini énumérait les mesures qu’il compte prendre contre les migrants. Il a promis d’interdire l’accostage dans les ports italiens à tout navire transportant des migrants et de rapatrier massivement tous les clandestins.

À l’intention de l’électorat de son parti d’extrême droite, la Ligue, il a multiplié les discours odieux. « La belle vie est finie, préparez-vous à faire vos valises », a-t-il déclaré le 2 juin, lors d’un meeting local de son parti. L’apostrophe, soi-disant adressée aux migrants, visait à conforter les préjugés selon lesquels ceux-ci bénéficieraient des largesses de l’État. Le lendemain, au moment même où 47 migrants tunisiens trouvaient la mort dans un naufrage, il a évoqué la Tunisie : « pays démocratique où il n’y a ni guerre ni famine, mais qui exporte volontiers ses délinquants ». Quant aux ONG, elles sont désignées comme des « passeurs en second » à la solde des trafiquants d’êtres humains.

Salvini ajoute à ses déclarations contre les migrants des propos sécuritaires, directement inspirés de son conseiller en la matière, Tonelli, ex-secrétaire d’un syndicat de police très à droite, qui pense entre autres que le numéro d’identification des policiers et les lois contre la torture sont faits pour empêcher ses collègues de travailler.

Salvini annonce un durcissement supplémentaire de la politique envers les migrants. Celle du gouvernement précédent, de centre gauche, n’était déjà pas tendre, et la diminution du nombre de débarquements en Italie était le résultat d’accords infâmes passés avec le régime libyen, ses milices et ses trafiquants, exposant les migrants à toutes les exactions. Sur la même longueur d’onde que ses prédécesseurs, Salvini a déclaré qu’il était prêt à aider les pays d’Afrique et du Maghreb à se développer… les Tunisiens, accusés d’envoyer des bandits en Italie, ont dû apprécier !

Quant à l’Union européenne, qui s’étranglait à la perspective de voir le ministère de l’économie confié à un anti-euro, elle se déclare prête à discuter des aides supplémentaires qu’elle pourrait fournir au gouvernement italien pour gérer l’afflux des migrants. Que Salvini devienne le garde-frontière du sud de la forteresse Europe et se débrouille pour renvoyer les migrants ailleurs n’est pas pour lui déplaire, quitte à les expédier à nouveau vers l’enfer.

Pendant que Salvini faisait ses premiers pas de ministre et alternait les discours d’homme politique responsable à « ses collègues de l’Union européenne » et les diatribes antimigrants à ses supporters, un jeune d’origine malienne, Soumaila Sacko, était assassiné en Calabre. Celui-ci, syndicaliste, militait pour les droits des travailleurs immigrés, clandestins le plus souvent, des exploitations agricoles. Ces travailleurs ont répondu par une grève massive lundi 5 juin et des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes, de Naples à Reggio de Calabre, pour protester contre son assassinat et revendiquer son combat.

C’est la meilleure démonstration que les travailleurs, quelle que soit leur origine, puissent faire contre un gouvernement qui désigne les migrants comme l’ennemi à abattre, mais qui veut imposer un recul des conditions de vie et de travail à tous, qu’ils soient Italiens ou immigrés.

Nadia CANTALE