Retraites : projet flou, menace nette

06 Juin 2018

Le 3 mai, le gouvernement a entamé une longue marche qui devrait mener à une réforme radicale des retraites : un système à points présenté comme plus simple, plus juste et universel. Jusqu’à la fin de l’année, le haut-commissaire Jean-Paul Delevoy va organiser une consultation citoyenne, puis le gouvernement devrait présenter au Parlement un projet de loi à l’été 2019. La mise en place de la réforme devrait être progressive à partir de 2025.

Finies les particularités des multiples systèmes : chacun cumulerait des points, selon le modèle des caisses actuelles de retraite complémentaire, et quel que soit le secteur d’activité, « en gagnant la même somme d’argent pendant quarante ans, un fonctionnaire et un salarié du privé auraient la même retraite ». Quant aux régimes spéciaux, déjà réformés comme le dit Delevoy, ils disparaîtraient, sauf exceptions dont il cite, à titre d’exemple, ceux des militaires et des travailleurs indépendants.

Le projet reste flou, l’application renvoyée à un avenir lointain, peut-être hypothétique, et à un gouvernement à venir. Mais les intentions sont claires, quand Delevoy promet que personne ne sera lésé en se référant au projet du président : « libérer le travail, protéger les salariés et renforcer la solidarité générationnelle », c’est un aveu. On a vu ce que cela voulait dire pour le Code du travail. D’ailleurs, les rares précisions données sur le nouveau projet concernent le budget qui n’augmentera pas et l’âge de la retraite qui resterait fixé théoriquement à 62 ans, mais ce serait à chacun de décider s’il a assez de points pour partir ou pas.

En réalité, toutes les réformes des retraites n’ont abouti qu’à un allongement des annuités et à une réduction des pensions. La loi Balladur de 1994 a imposé l’augmentation progressive à quarante ans des années de cotisations nécessaires et un calcul des pensions sur les ving-cinq meilleures années au lieu de dix ; ces années de référence étant revalorisées en fonction de l’indice des prix et non du salaire moyen, des travailleurs ont ainsi pu perdre jusqu’à 25 % sur leur pension de retraite par rapport à ce qu’ils auraient dû toucher avec l’ancien système. La réforme Fillon de 2003, dont Delevoy fut aussi un artisan, s’en est prise à son tour aux fonctionnaires. Et depuis, même sans réforme majeure, quand un gouvernement s’occupe des retraites, c’est pour imposer une régression. La récente hausse de la CSG, qui a abouti à les diminuer, en témoigne.

Les commentateurs peuvent discuter quelle sera la valeur du point de retraite, s’il dépendra comme en Suède des hauts et des bas de la situation économique, comment les années de chômage seront compensées, une chose est sûre : que la réforme se concrétise en entier ou en partie, les travailleurs devront engager une nouvelle bataille s’ils ne veulent pas être floués.

Sylvie MARÉCHAL