Projet de suppression de l’ASS : une menace contre le monde du travail

06 Juin 2018

La presse a révélé l’existence d’un rapport, commandé par le gouvernement, qui recommande la suppression pure et simple de l’allocation spécifique de solidarité. Cette ASS est touchée aujourd’hui par 428 000 travailleurs privés d’emploi qui ont épuisé tous leurs droits à l’indemnisation du chômage.

Certes, on peut se demander s’il s’agit d’un ballon d’essai comme le gouvernement en a déjà lancé, histoire de voir les réactions que cela provoque, mais la menace est bien réelle. Si la mesure était adoptée, elle aurait des conséquences dramatiques sur le long terme. L’ASS se monte aujourd’hui à 16,48 euros par jour, soit 428 euros par mois. Elle est certes bien misérable, mais outre cette petite somme, c’est la seule garantie de droits à la retraite et de droits sociaux pour les sans-emploi qui ont épuisé leurs droits à une indemnité de chômage.

Aujourd’hui, le chômeur qui touche l’ASS se voit attribuer des points gratuits pour sa retraite complémentaire, et ses droits à l’autre partie de la retraite sont validés comme s’il avait travaillé. Par ailleurs, il est pris en charge au titre de la Sécurité sociale, sans aucune restriction. Et c’est cela que le gouvernement envisage de supprimer. Ses représentants ont même eu le culot de justifier cette mesure au nom de « l’amélioration de la situation du chômage », car pour eux, les près de six millions de chômeurs ne comptent visiblement pas.

Dire, comme les porte-parole du gouvernement, que l’ASS pourrait être remplacée par le RSA est une escroquerie et un mensonge. Les conditions différentes d’attribution de l’ASS et du RSA sont telles que des centaines de milliers de titulaires de l’ASS n’auraient plus droit au RSA. De plus, ils perdraient immédiatement l’attribution de points gratuits pour leur retraite complémentaire. Quant à la retraite Sécurité sociale, privée de la validation pour la plupart des années passées dans ce système, elle serait encore réduite.

Tout cela aboutirait à enfoncer dans une misère encore plus noire, et pour toute leur vie, des travailleurs qui ont déjà été jetés à la rue par leur patron. Il y en a 428 000 aujourd’hui, mais des centaines de milliers d’autres pourraient s’y ajouter du fait du maintien et du développement du chômage de masse et de longue durée. Ce n’est plus une double peine, mais une triple, une quadruple. Ce projet révoltant mérite d’être combattu avec la dernière énergie.

Paul SOREL