Maladie d’Alzheimer : le déremboursement des médicaments ne résoudra rien

06 Juin 2018

À partir du 1er août quatre médicaments utilisés pour traiter les symptômes de la maladie d’Alzheimer ne seront plus remboursés par la Sécurité sociale, alors qu’ils l’étaient jusqu’à présent avec la prise en charge à 100 %.

Depuis des années a lieu un débat au sein du corps médical. En l’absence de remède s’attaquant à la maladie elle-même, de tels médicaments peuvent en réduire les symptômes à condition d’être intégrés dans un suivi global par une équipe de soignants, affirment les uns. D’autres se refusent à les prescrire et estiment que les dépenses de la Sécurité sociale pour les rembourser auraient pu trouver d’autres usages réellement utiles aux malades. Certains évoquent les effets secondaires nuisibles de ces médicaments.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, affirme, il est vrai, que ce déremboursement-là est le résultat d’un choix « non-budgétaire », « purement médical ». C’est faire oublier que sa décision s’appuie sur une Haute autorité de santé qui a, pendant plus de dix ans, fermé les yeux sur le Mediator pour le plus grand profit de Servier, mais déremboursé nombre de médicaments utiles comme c’est le cas, depuis l’an dernier, des injections d’acide hyaluronique qui soulagent temporairement les personnes souffrant d’arthrose du genou.

Face à la maladie d’Alzheimer, certains médecins continueront probablement à prescrire les quatre médicaments, dont les prix devenus « libres » deviendront inaccessibles à bien des familles qui doivent déjà assumer des charges beaucoup plus importantes encore pour s’occuper de leurs proches.

La ministre se défend encore en expliquant que les économies réalisées iront justement à l’aide de cette prise en charge. Mais ces 90 millions d’euros par an environ représentent une somme ridiculement faible pour améliorer, dans les limites des connaissances actuelles, la vie des 850 000 personnes atteintes. Tant pis donc pour celles qui s’efforcent de les aider au quotidien, en s’y épuisant parfois ! Dans certaines régions, des équipes de soignants et les associations ont réussi malgré tout à coordonner leurs efforts et à assembler leurs compétences professionnelles tout en restant accessibles aux malades et à leurs proches ; dans d’autres, les familles sont bien plus livrées à elles-mêmes, ne trouvant de l’aide que du côté des associations. C’est à chacun de chercher les solutions pour une prise en charge à domicile. Quant aux Ehpad, encore faut-il y être accepté et pouvoir payer.

En ce qui concerne la recherche, elle est limitée et rendue chaotique en premier lieu par le souci de rentabilité à court terme des laboratoires privés. En janvier dernier, les laboratoires Pfizer, premier trust mondial de la pharmacie, ont supprimé 300 postes relatifs aux maladies d’Alzheimer et de Parkinson et externalisé le suivi des molécules en cours de développement auprès des malades. Il s’agissait de réduire le risque financier, tout en gardant un œil sur un marché qui pourrait, un jour, s’avérer fabuleux...

Jean SANDAY