Italie : anciens et nouveaux serviteurs

06 Juin 2018

L’article suivant est extrait de l’éditorial du journal de nos camarades de L’Internazionale (Italie-UCI), sur la situation politique et le nouveau gouvernement.

Tous les adjectifs possibles et imaginables ont déjà été utilisés pour décrire l’interminable période qui a suivi les élections du 4 mars. Au cours des épisodes de cette mauvaise série, les forces politiques qui ont donné naissance au « gouvernement de changement » ont déjà démontré qu’elles étaient prêtes à tout pour conquérir les fauteuils ministériels. Il n’y a donc aucun véritable changement dans ce domaine.

Du côté de la présidence, on a estimé qu’un ministre « anti-euro » comme Paolo Savona aurait « effrayé les marchés », mais on n’a rien trouvé à redire, ni au fait que Salvini occupe le ministère de l’Intérieur, ni à ses intentions nauséabondes d’expulser des centaines de milliers d’immigrés. Le désespoir de ces femmes, hommes et enfants ne fait pas varier d’un centime les cours de la Bourse, on peut donc les abandonner à leur sort !

Mais, tandis qu’on représentait, du moins dans un premier temps, l’Italie comme un pays en proie à une sorte de guerre entre « forces du changement » et vieux machins de la politique, c’est-à-dire le PD et Forza Italia (les partis de centre gauche et centre droit), personne ne s’intéressait aux conditions de vie de la population. Et les travailleurs, en tant que classe sociale aux intérêts spécifiques, ne faisaient et ne font toujours pas partie de cette mascarade. Tout au plus peuvent-ils constituer les auxiliaires ou la troupe de l’une des deux factions politiciennes.

Il n’est pas inutile de redire quelques vérités. Les conditions de travail des salariés, durant cette période de « reprise » économique, ont empiré. Le nombre croissant d’accidents du travail mortels en atteste. Alors que les journaux étaient remplis de commentaires et d’interviews des leaders des différents partis et que tous y allaient de leurs hypothèses sur les intentions de Salvini ou Di Maio, les ouvriers continuaient à mourir sur les chantiers, dans les usines, le long des routes et sur les voies de chemin de fer. Il ne s’agit pas d’un manque de « culture de la sécurité », comme on l’entend de plus en plus souvent. C’est le reflet de rapports de force de plus en plus favorables au capital et toujours plus défavorables au travail.

Salvini et Di Maio ont fait appel « au peuple » contre les pouvoirs forts qui auraient fait pression sur le président Mattarella pour qu’il refuse Paolo Savona à l’économie. Mais les seuls pouvoirs forts sont ceux que le grand capital exerce sur la société. Les mettre réellement en discussion signifie mettre le capitalisme en discussion. Mais ni la Ligue, ni le Mouvement 5 étoiles ne songent une seconde à le faire. Au contraire, ils sont les plus zélés des serviteurs du système, auquel ils apportent le soutien d’un nombre de plus en plus élevé d’électeurs, trompés par des promesses irréalisables ou encouragés dans les pires des préjugés xénophobes.

Il est vrai qu’avant les élections du 4 mars, les porte-parole les plus en vue de la grande bourgeoisie, repris par la presse, se prononçaient pour une coalition de gouvernement rassemblant le PD et Forza Italia. Mais cela ne fait pas pour autant de Salvini et de Di Maio les défenseurs de la population. Ce n’est que le symptôme d’une crise politique profonde. La survie des partis dits populistes en tant que partis de gouvernement dépendra de leur capacité d’adaptation aux exigences du grand capital, de leur capacité à faire avaler aux travailleurs et aux classes populaires les couleuvres que la bourgeoisie garde en réserve pour eux. Il leur faut faire passer les couleuvres pour des douceurs, ou au moins les faire paraître moins grosses et indigestes que celles administrées précédemment par le centre gauche.

Durant les prochains mois, nous entendrons les dirigeants des différents camps politiciens faire appel aux plus nobles sentiments patriotiques. L’ex-ministre de centre gauche Calenda a déjà annoncé la formation d’un large « front républicain » tandis que la Ligue et les 5 étoiles promettent des mobilisations contre le vol de la « souveraineté nationale ».

Dans cette énième guerre d’opérette, les travailleurs n’ont aucun camp à choisir. La bataille qui nous intéresse est celle que le capital continue à mener contre les travailleurs. C’est sur ce front qu’il faut s’engager.

L’Internazionale