Frontière de Menton : des conditions inhumaines

06 Juin 2018

Suite à une visite inopinée au poste de la police aux frontières de Menton en septembre 2017, le rapport de quatre contrôleurs des lieux de privation de liberté vient d’être publié. Il confirme les faits dénoncés depuis longtemps par les associations d’aide aux migrants.

Interpellés après avoir traversé la frontière italienne, les migrants sont retenus dans des conditions indignes, au mépris même des rares droits qu’est censée leur assurer la loi.

Les mineurs isolés, qui devraient normalement être accueillis en France et confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE), sont refoulés directement vers l’Italie sans qu’aucune procédure ne soit mise en œuvre. Seuls 27 d’entre eux, soit 0,3 % de ceux qui ont été arrêtés entre janvier et mars 2017, ont été confiés à l’ASE. Les autres ont été renvoyés vers l’Italie sous le prétexte fallacieux que, voyageant en groupes avec des adultes de la même nationalité ou parlant la même langue, ils n’étaient pas isolés et « faisaient famille ». Les policiers ne se sont même pas sentis obligés de se retenir devant les contrôleurs, qui ont été témoins d’un acte de violence commis par le chef de poste à l’encontre d’un jeune migrant. Quant aux adultes, alors qu’ils ont le droit légal de déposer des demandes de protection et de réclamer l’asile, celles-ci ne sont ni traitées ni enregistrées sous prétexte qu’elles sont irrecevables.

Les locaux dans lesquels sont retenus les migrants sont indignes. Les mineurs et les femmes doivent dormir sur quelques bancs ne permettant pas de s’allonger, avec juste un WC à la turque, sans verrou. Les hommes dorment sur un sol encombré de détritus, dans des couvertures qui ne sont jamais nettoyées, avec des toilettes d’une saleté immonde. Les quelques points d’eau ne permettent pas d’assurer une hygiène corporelle minimum.

Comme le disent les contrôleurs, les policiers accomplissent à la « chaîne » une mission qui est de « garantir l’étanchéité de la frontière dans le déni des règles du droit ». Le gouvernement aime à parler du devoir d’humanité pour justifier sa politique envers les migrants. Ce rapport officiel montre au contraire la réalité inhumaine qu’il entretient aux frontières.

Daniel MESCLA