Espagne : le corrompu Rajoy tombe, le socialiste Sanchez appliquera son budget

06 Juin 2018

Vendredi 25 mai, la motion de défiance déposée par les socialistes du PSOE contre le gouvernement de droite du Parti populaire (PP) a obtenu la majorité des votes et le dirigeant du PSOE Pedro Sanchez a été investi comme chef du gouvernement. Cela fait suite à une enquête, commencée en 2009 et concernant un vaste réseau de corruption organisé par le PP, le parti de droite au pouvoir. Elle s’est conclue par la condamnation de notables du PP et d’hommes d’affaires : 351 ans de prison pour 29 accusés. Cette affaire, l’affaire Gurtel, a impliqué de nombreux chefs d’entreprise et politiciens du PP. Entre les années 1990 et le début des années 2010, le PP avait organisé une caisse noire alimentée par des surfacturations d’événements politiques, des pots de vin en liquide lors de l’attribution de marchés publics. L’article suivant est l’éditorial de nos camarades du groupe Voz Obrera (Voix Ouvrière-Espagne-UCI), écrit après la chute du gouvernement Rajoy.

« Pedro Sanchez a été investi président du gouvernement après la motion de défiance approuvée par 180 voix au Parlement. Les socialistes se sont décidés à chasser Rajoy du gouvernement une fois rendue publique la sentence du cas Gurtel, qui condamnait des hauts dirigeants du PP et des hommes d’affaires proches de la droite. L’arrêt signale que les déclarations de Rajoy sont peu crédibles et considère comme prouvé qu’il a été un bénéficiaire direct de la caisse noire.

La situation de corruption endémique vient de loin. Toutes les régions gouvernées par le PP sont depuis des années minées par le vol systématique des finances publiques.

Les coupes dans les services publics, les « réformes du travail », les attaques généralisées contre les classes populaires sont liées à la corruption et sont l’œuvre fondamentale d’Aznar, de Rajoy, mais aussi du Parti socialiste et bien sûr des nationalistes catalans en Catalogne.

Les sommes détournées s’élèveraient à près de 90 milliards par an d’après des organismes d’études, dont la moitié en surfacturations dans l’attribution de marchés publics. Bien sûr, ces chiffres sont seulement une « commission » sur le vol social des grandes entreprises que des capitalistes paient à « leurs politiciens » pour pouvoir gagner plus d’argent. Les entreprises ont engrangé plus de 200 milliards d’euros de profits durant l’année 2017 pendant que la pauvreté, le chômage, les licenciements et la précarité ne cessaient d’augmenter.

Pourquoi Pedro Sanchez a-t-il attendu jusqu’à ce jour en laissant pendant des mois le gouvernement Rajoy gouverner puisque le Parti socialiste s’était abstenu lors de l’investiture ? La raison en est les calculs politiciens et électoralistes des socialistes qui utilisent le discrédit du PP pour arriver au gouvernement tout en apparaissant comme « crédibles et responsables » ...

Pedro Sanchez n’a pas présenté un programme de gouvernement détaillé. Il s’est limité à parler d’un « plan d’urgence pour... stabiliser le pays et préparer les élections ».

Il supprimera certes certains aspects de la loi répressive de 2015, la loi-baillon qui limite notamment le droit de manifestation et les droits syndicaux, mais ses quelques promesses dans le domaine social se heurteront aux budgets qu’il a approuvés et acceptés.

La situation de Sanchez au gouvernement est précaire puisqu’il n’a que 84 députés sur 350 au Parlement, et le Sénat est dominé par le PP. Ciudadanos, l’autre parti de droite, fera front commun avec le PP et sera même dans la surenchère puisqu’il vise le même électorat.

D’autre part Podemos, dans lequel un certain nombre de travailleurs avaient mis leurs espoirs, après avoir soutenu sans condition la motion contre Rajoy, s’est dit, par la déclaration de son leader Pablo Iglesias « à la disposition du président » si celui-ci juge nécessaire de l’inclure dans son gouvernement.

Alors, à part le plaisir d’avoir vu Rajoy partir piteusement, que peut gagner la classe ouvrière ?

Le problème de fond n’est pas seulement de se débarrasser de Rajoy car, dans la situation actuelle, on ne peut voir venir, comme le dit une expression populaire.... que « plus de la même chose ». Recommencer à avoir de nouvelles illusions électorales serait un nouveau piège pour le monde du travail.

Ces dernières années, celles de milliers de travailleurs ont été déçues parce qu’ils pensaient que Podemos pourrait changer les choses ou qu’en votant ils pourraient résoudre leurs problèmes.

Mais la crise est restée chronique et la bourgeoisie la fait payer : la précarité s’est développée, il y a toujours 3,5 millions de chômeurs, la pauvreté des travailleurs a augmenté pendant que les bénéfices des entreprises et des plus riches n’ont cessé de croître.

La machine d’État et ses administrations régionales sont là pour gérer les affaires des capitalistes et ce sont ces derniers qui, en réalité, dirigent en utilisant le PP, le PSOE ou les partis nationalistes. Hors des illusions et des tromperies électorales, le monde du travail n’a pas d’autre issue que la lutte. Changer Rajoy pour Sanchez est peut-être « sympathique » mais les attaques ne seront pas freinées sans mobilisations et luttes ouvrières. »

Voz OBRERA