Affaire Kohler : conflit d’intérêts, ou communauté ?

06 Juin 2018
Alexis Kohler, un haut fonctionnaire secrétaire général de l’Élysée, par conséquent très proche de Macron, est accusé de « prise illégale d’intérêt » et de « trafic d’influence » par l’association de lutte contre la corruption, Anticor.

Cette association a déposé, le 1er juin, une plainte au parquet national financier, pointant les liens étroits de Kohler avec le groupe privé italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC), numéro deux du transport de marchandises par bateaux porte-conteneurs, présent également dans l’armement de paquebots de croisières.

MSC est une très grosse société dont le chiffre d’affaires dépasse les 20 milliards d’euros. Or le numéro deux de l’Élysée est lié à la famille Aponte, fondatrice et toujours propriétaire de MSC qui est le principal client des chantiers navals français de Saint-Nazaire. Au début des années 2010, Alexis Kohler occupait déjà un poste à l’Agence des participations de l’État, précisément dans le secteur des transports, participant de ce fait aux conseils d’administration de Renault, d’Aéroports de Paris et… des chantiers STX de Saint-Nazaire. Et le reste de son curriculum vitae est tout aussi édifiant.

Anticor estime qu’« Alexis Kohler ne pouvait ignorer qu’il existait un conflit d’intérêts à représenter l’État français » chez STX France, alors même que sa famille était propriétaire de l’un de ses principaux clients. Mais même s’il en était autrement, il est bien significatif que les plus hautes fonctions étatiques soient occupées par des hommes et des femmes qui ont fait carrière dans le privé ou, inversement qui, du public se retrouvent ensuite à des postes de responsabilité dans une grande entreprise. Macron lui-même a travaillé pour la banque Rothschild. La ministre du Travail, Murielle Pénicaud, pour ne citer que cet autre exemple, a été directrice générale adjointe du groupe Dassault Systèmes de 2002 à 2008, puis directrice générale des ressources humaines du groupe Danone, de 2008 à 2013.

Cette confusion des rôles entre dirigeants d’entreprises et responsables de l’État n’est pas chose nouvelle même si elle a pris encore de l’ampleur avec Macron. Pompidou avait été fondé de pouvoir à la banque Rothschild entre 1954 et 1962 avant de devenir Premier ministre, puis président de la République. À gauche, Martine Aubry fut directrice adjointe de Péchiney entre 1989 et 1991, après un passage dans différents cabinets ministériels, pour ensuite devenir ministre du Travail.

La frontière entre les hautes fonctions de l’État et la classe capitaliste est des plus poreuses. Rien d’étonnant à cela : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ».

Aline RETESSE