Parcoursupercherie : non à la sélection !

30 Mai 2018

Le 28 mai, six jours après l’ouverture de la plateforme Parcoursup le 22 mai, 65 % des quelque 800 000 lycéens candidats à des études supérieures auraient reçu une proposition favorable.

Sur BFM-TV, le ministre de l’Éducation nationale a balayé les inquiétudes des lycéens et des familles, déclarant que Parcoursup est « une amélioration par rapport au système précédent ». « Ça ne peut pas se discuter », a-t-il conclu, ajoutant qu’il ne faut pas nourrir d’angoisses et mettant en accusation les enseignants qui dénoncent la nouvelle procédure d’orientation concoctée par le gouvernement.

De l’angoisse et même de la colère, il y en a. Certes, le système APB (admission post-bac) ne garantissait pas à chaque élève de terminale l’orientation de son choix et la sélection passait dans certaines filières universitaires par le tirage au sort. Mais Parcoursup renforce la sélection en donnant aux établissements d’enseignement supérieur les moyens de choisir leurs étudiants sur des critères plus ou moins ténébreux, ce à quoi des universitaires refusent d’ailleurs de se prêter.

Bien sûr, Parcoursup n’invente pas la sélection dans l’enseignement supérieur ou dans l’enseignement tout court. Celle-ci existe et elle est d’abord liée à des facteurs sociaux : ainsi, encore aujourd’hui, 60 % des enfants d’ouvriers ont un diplôme inférieur au bac et seulement 4 % d’entre eux terminent leurs études à bac+5. Mais Parcoursup permet de trier un peu plus encore. En trente ans, le nombre d’étudiants a augmenté de 30 % ; depuis 2013, ce nombre est en augmentation constante. Les gouvernements successifs, et le gouvernement Macron n’échappe pas à la règle, ont refusé de consacrer les moyens financiers à les accueillir et à leur garantir des études dans de bonnes conditions. Parcoursup est l’aveu que, pour les jeunes qui veulent faire des études supérieures, les projets et les inclinations de chacun ne sont pas les critères décisifs.

La sélection est la philosophie du gouvernement Macron, qui de façon décomplexée annonce qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde, du moins, de place correspondant au choix fait par un élève de terminale. Et bien sûr, dans cette lutte, ce sont les élèves des meilleurs lycées et des milieux les plus favorisés qui sont les mieux armés.

Quoi qu’en dise le ministre de l’Éducation nationale, la jeunesse scolarisée, en particulier celle des quartiers populaires, a de quoi être inquiète et même en colère face au monde auquel on veut la condamner.

Boris SAVIN