Mamoudou Gassama : le héros… et les zéros qui nous gouvernent

30 Mai 2018

Samedi 26 mai, Mamoudou Gassama, un jeune Malien de 22 ans, a grimpé quatre étages de la façade d’un immeuble parisien, à la force de ses bras et au péril de sa vie, pour sauver un enfant suspendu dans le vide. Vivant en France depuis septembre 2017, il était sans papiers.

Auparavant, il avait vécu l’enfer connu par des centaines de milliers de migrants tentant de gagner l’Europe. Il avait traversé le désert du Niger, était resté un an en Libye où il avait été emprisonné, avait franchi la Méditerranée sur un canot pour gagner l’Italie, y avait passé cinq ans, et enfin avait passé la frontière dans les Alpes. Il avait rejoint son frère dans un foyer surpeuplé de Montreuil et travaillait au noir dans le bâtiment.

Après son exploit, le gouvernement s’est empressé de déclarer que Mamoudou serait régularisé. Macron l’a reçu personnellement et lui a accordé un diplôme pour acte de courage et de dévouement. L’occasion était trop belle de se redonner à peu de frais une image d’humanité, alors que le gouvernement mène envers les migrants une politique particulièrement répressive. Le droit d’asile va être durci. En 2017, 26 000 étrangers ont été expulsés (+ 14 %), et la loi Asile et immigration actuellement en discussion vise à faciliter encore les expulsions.

Le geste héroïque de Mamoudou Gassama est une belle leçon de courage et d’humanité. Et il souligne, par contraste, l’inhumanité voire la barbarie de tous ceux qui, à droite, à l’extrême droite et sous les gouvernements successifs, passent leur temps à stigmatiser les migrants, à les expulser ou à les matraquer.

Michel BONDELET